Mission: Impossible – Fallout: haute voltige

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Difficile de trouver une franchise plus satisfaisante que Mission : Impossible qui, à quelques exceptions près, foudroie toujours par l’excellence de ses productions. Misant encore sur toute la force et la dévotion de Tom Cruise, Fallout, sixième proposition, s’impose ici avec un panache qui nous coupe littéralement le souffle, bénéficiant de plusieurs des séquences d’action les plus impressionnantes depuis longtemps. À voir absolument sur grand écran.

La qualité qui l’emporte sur la quantité devient de plus en plus rare de nos jours, surtout dans le septième art, la quête de profits demeurant pratiquement toujours le but premier. On apprécie donc que Tom Cruise et sa bande aient pris le temps nécessaire pour donner une raison d’être à ce nouvel opus de la franchise, histoire d’éviter de faire une suite pour une suite.

Après tout, on a pris plus de trois ans avant de livrer le chapitre qui nous intéresse, Cruise s’est préparé plus d’un an pour certaines cascades, en plus de retarder le tournage de manière considérable après une grave blessure, et on a fini le tout il n’y a même pas un mois de cela! Des petits détails qui font ici toute la différence et s’avèrent des plus gagnants lorsqu’on déclare sans hésiter que cette franchise qui roule sa bosse depuis plus de vingt ans, elle-même adaptée d’une télésérie de la fin des années 60, est au meilleur de sa forme, même après six longs-métrages. Décidément une denrée rare dans le milieu.

Néanmoins, histoire de garder l’intérêt de l’avant, au-delà de la réinvention de l’action et de cette capacité inouïe à repousser l’imaginaire lorsque vient le temps d’établir de nouvelles limites dans ce qui est possible de faire sans avoir recours à la facilité des effets spéciaux, le réalisme des cascades étant toujours mis de l’avant pour ébahir, il est quand même nécessaire de changer un peu les règles. Un pari risqué que se permet la franchise avec succès, tout en poussant sa belle distribution à sortir de ses zones de confort.

L’affiche du film.

Ainsi, après avoir fait connaissance sur Valkyrie avant de faire véritablement équipe dans le très satisfaisant premier Jack Reacher, Cruise renoue avec Christopher McQuarrie. Il lui donne ici la chance, après le sympathique Rogue Nation, d’être le premier cinéaste de la série à prendre en charge plus d’un volet (J.J. Abrams s’est relégué au plan de producteur après avoir redonné vie à la franchise cinématographique, après l’échec critique du deuxième film). Pas seulement cela d’ailleurs, alors qu’on se donne également la permission de ramener des personnages qui ne font pas partie intégrante de l’équipe de base, mais aussi le méchant, inscrivant cette suite dans la continuité directe de l’épisode précédent.

Ces décisions permettent ainsi d’apporter énormément de profondeur en ce qui concerne la psychologie, ainsi que les personnages et on sent un réel désir de s’approcher davantage du sérieux qui habite les James Bond. De fait, à bien des égards ce Fallout donne l’impression de vouloir être le Skyfall de la série, la vulnérabilité du héros étant constamment remise de l’avant.

Cependant, avec ses motivations à mi-chemin entre l’aléatoire et l’exagéré, on se rapproche bien plus de Spectre, la durée en bonus, alors que le film s’engouffre aisément dans un vingt minutes de trop.

Effectivement, avec un peu trop d’insistance consacrée aux moments émotionnels, ainsi qu’à une histoire pratiquement banale qu’on s’entête à surexpliquer (ce que le brillant Ghost Protocol, meilleur volet de la série à ce jour, évitait sans mal), le film nous permet de souffler parce qu’on l’avouera, après une introduction plus ou moins mollassonne face à ce qu’on nous a livré par le passé, le film s’élance dans une course contre la montre qui nous empêche de respirer pendant presque deux heures.

C’est de cette façon qu’on admire avec exaltation l’évolution en tant que cinéaste de films d’action dont fait montre McQuarrie, nous prouvant avec maîtrise qu’il a compris ses forces et qu’il les exhibe ici à la puissance dix sans aucune gêne. Ainsi, grand spécialiste des combats et des poursuites, il en maximise le nombre et priorise des longues prises qui en mettent toute l’ingéniosité en valeur, profitant d’intéressantes mises en scène et propositions en termes de lieux et d’espace. Ce, en plus d’offrir assez de Tom Cruise qui court (sa grande marque de commerce) pour notre argent.

Il faut se le dire, ce Fallout est toutefois le grand bébé de McQuarrie, qui a décidé de s’approprier la production, la réalisation, mais également l’entièreté du scénario. Ce nouveau volet n’est donc plus seulement qu’une nouvelle entrée dans une franchise, mais l’œuvre maître d’un cinéaste ayant à cœur le désir de pondre une véritable œuvre artistique, l’élevant au rang d’un certain Christopher Nolan. Et s’il a même emprunté le compositeur Lorne Balfe, grand protégé de Hans Zimmer, collaborateur par excellence de Nolan, et que ce dernier donne certainement dans la même palette de sonorités, on doit aussi avouer que cette manière de pasticher avec un peu trop d’évidence ses inspirations finit par faire un peu mal à l’ensemble qui devient tour à tour The Dark Knight et Inception pour ne nommer que ceux-là.

Certes, l’écriture n’a jamais été la force de McQuarrie, qui a travaillé autant sur The Tourist, Jack and the Giant Slayer et sur la nouvelle mouture de The Mummy, et cela ne lui aurait pas fait de tort d’en partager le scénario pour que l’histoire ait la même force que les scène d’action, histoire de ne pas se rappeler qu’au fond, on écoute principalement ce genre de film pour se divertir et se changer les idées. Heureusement d’ailleurs, l’humour est encore omniprésent et le style premier de l’entreprise finit toujours par l’emporter sur les emprunts, de sorte que ce Mission: Impossible en pleine mutation demeure encore et toujours un honorable volet de la franchise.

Le sort du monde étant encore plus en jeu que jamais avec un suspense grimpant qui nous colle à la peau, Mission: Impossible – Fallout est un sacré grand moment de palpitations en salles sombres qui aura tôt fait de nous captiver et de nous river à notre siège comme bien peu de films peuvent se vanter de le faire, du moins, certainement pas avec autant de succès. Un film imparfait, certes, mais qui fait certainement classe à part parmi tous les blockbusters estivaux habituels. À ne manquer sous aucun prétexte.

8/10

Mission: Impossible – Fallout prend l’affiche en salles ce vendredi 27 juillet.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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