La philosophie Dollarama s’empare des campus universitaires

0

Si la précarité des étudiants les amène à faire leurs emplettes au magasin à un dollar, ce type d’établissement offre une panoplie de produits bon marché en provenance du tiers monde. Ce mode égalitaire est employé par le traitement de la liberté d’expression sur les campus collégiens et universitaires, non pas sans conséquences pour la suite du monde.

À gauche de même qu’à droite, il faut d’abord se questionner à savoir si les campus collégiens et universitaires sont un monde à part, ou s’ils reflètent la société dans laquelle ils se trouvent.

Aux États-Unis, les campus ont été le lieu de multiples contestations contre le racisme, le sexisme, la guerre du Vietnam, entre autres, mais surtout contre l’histoire officielle qui justifiait ces injustices au point d’y voir émerger un courant de pensée communiste. Alors que la filiation, mise en place au début du 20e siècle à l’intention des enfants d’anciens élèves, est toujours prise en compte dans les critères d’admission des trois quarts des universités, rapporte le Monde diplomatique de juin. Par exemple, plus de la moitié des étudiants de l’Université Harvard appartiennent aux 10% des familles les plus fortunées du pays. En matière d’enseignement, une université moyenne consacre 12 000$ par an à la formation d’un étudiant, contre 92 000$ pour les plus sélectives. À qualifications égales, les diplômés des secondes touchent un salaire supérieur de 45% en moyenne à celui de leurs pairs.

À la suite des protestations pour empêcher la tenue d’une conférence par le provocateur de Breitbart News, Milo Yiannopoulos, sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley en février 2017; par le coauteur d’une étude sur la corrélation entre la race et l’intelligence, Charles Murray, à l’American Enterprise Institute de Middlebury au mois de mars; par le nationaliste blanc, Richard Spencer, à l’Université Auburn en Alabama en avril, parmi d’autres manifestations similaires, le professeur universitaire à la NYU School of Law, Jeremy Waldron remet en question le traitement de la liberté d’expression sur les campus américains par une analyse de cinq essais dans le New York Review of Books du 28 juin.

Le premier amendement de la constitution des États-Unis contraint le gouvernement à ne jamais interdire l’expression d’opinions controversées en se basant sur la nature de leur contenu. Ce principe éthique important conditionne le traitement de la liberté d’expression sur les campus étudiants. Par son analyse, le professeur Jeremy Waldron souligne trois idées afin de recadrer le débat.

À l’Université Youngstown en 2015, les autorités sur le campus on interdit la tenue de l’événement Straight Pride Week en réaction à la surabondante fierté LGBT parce que les organisateurs et les éventuels participants allaient à l’encontre de la mission de diversité et d’ouverture du campus. Cette volonté de discipliner ou d’empêcher d’offenser les autres étudiants est problématique.

Le chancelier de l’Université Oxford au Royaume-Uni, Chris Patten a rétorqué aux étudiants menant une campagne pour retirer la statue de Cecil Rhodes devant le Collège Oriel d’aller étudier ailleurs. Le professeur Jeremy Waldron y voit davantage une initiative de la part des étudiants d’ouvrir le débat sur la signification de cette statue par rapport à l’enseignement supérieur qu’une tentative de nuire à la liberté d’expression. Cette volonté de confondre la remise en question et la protestation, plus ou moins opposées en réalité, est problématique.

À ces deux problèmes institutionnels, il faut tenir compte du fait que les jeunes utilisent l’aspect transgressif du discours comme une attraction. Les étudiants sont comme des enfants qui testent les règles que leurs parents ont établies, bien qu’ils se considèrent tous matures pris séparément.

Acculturation

Le premier amendement fait en sorte que les discours haineux ne sont pas interdits aux États-Unis, ce qui n’est pas le cas au Canada, au Royaume-Uni et dans d’autres démocraties, note le professeur Jeremy Waldron. N’empêche que l’ascendance de la culture américaine sur le monde (géopolitique, communications, téléséries, nouvelles technologies, cinéma) combiné au désengagement, au cynisme et à l’ignorance des populations en périphérie peut mener à l’acculturation de ces dernières en faveur de la culture dominante.

À l’exemple du mouvement Me Too englobant et des propos haineux diffusés sur les ondes de la station locale Radio X, la référence aux fléaux du sexisme et du racisme permet de fondre la société québécoise dans le contexte nord-américain. Cependant, la culture cadrée par l’État ou la société distincte ne peut-elle pas être un rempart solide contre les excès d’une culture voisine tant puissante soit-elle? Le radicalisme du système américain ne se manifeste pas uniquement par des incidents spontanés, une énième tuerie, il prend place à travers le contraste d’écarts extrêmes garantis par leur constitution.

Cette asymétrie du pouvoir américain conditionne le gouvernement canadien par une balance commerciale inégale. Afin de peupler l’immensité du territoire comme les Américains l’ont fait à une autre époque, le gouvernement canadien soutient une politique d’aide aux familles même s’il y a un problème de surpopulation mondiale à cette époque-ci. De plus, les immigrants sont en phase avec le néolibéralisme nord-américain puisqu’ils émigrent au Canada pour des raisons économiques, avant tout.

Une façon de reprendre leur juste part de cette richesse qui s’est accumulée au détriment des indépendances nationales du tiers monde… ce bouc émissaire en dehors des campus.

Partagez

À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

Répondre