A Quiet Place: à qui voudra bien l’entendre

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A Quiet Place nous appâte avec son indéniable vent de fraîcheur, avant de nous rappeler ce qui finit toujours par nous irriter dans les films d’horreur: la stupidité humaine.

Au-delà de sa proposition qui donne lieu à une prémisse aussi originale que toute désignée pour maximiser l’expérience cinématographique, il y a beaucoup de choses qui attirent l’attention avec cette troisième proposition de l’acteur, scénariste et réalisateur John Krasinski.

Celui qu’on a surtout connu pour ses rôles comiques, propulsé par sa personnification de Jim Halpert dans la sitcom à succès The Office, adaptation américaine d’une télésérie britannique, vient ici de nouveau élargir sa palette de jeu, mais aussi son style artistique, se permettant une première incursion dans l’horreur, le suspense et la science-fiction, ne délaissant pas son intérêt marqué pour l’importance de la famille. Hasard non négligeable, cela marque également son premier projet qu’il partage avec sa véritable épouse, la très talentueuse actrice Emily Blunt.

Histoire de se détacher de ses signatures habituelles, il n’est pas surprenant qu’il ait demandé à Michael Bay d’épauler son projet, lui qui lui avait offert un rôle physique assez surprenant dans 13 Hours. Toutefois, l’idée de base où l’on ne peut pas faire de bruit pour assurer sa survie lors d’une invasion extra-terrestre par des créatures qui attaquent tout ce qui est trop bruyant ne lui appartient pas. Il s’agit plutôt du concept de Bryan Woods et Scott Beck, un duo habitué des téléfilms et des séries B, qu’il s’approprie ici avec brio, permettant enfin à l’une de leurs idées d’aspirer à quelque chose de plus grand.

Puisque voilà, au-delà de l’excellent travail sonore (c’était essentiel que celui-ci soit bien fait et efficace pour assurer la réussite première du pari), Krasinski montre un panache assez épatant dans la fluidité, l’aisance et le succès de sa mise en scène. De fait, il montre rapidement qu’il a fait ses classes et ses modèles ne sont pas les moindres alors qu’on ressent aisément les inspirations ici et là, son film devenant rapidement un mélange entre Signs et 10 Cloverfield Lane, notamment.

Sans nécessairement faire montre d’un style bien distinct, même la trame sonore du brillant Marco Beltrami est foncièrement générique, il arrive mieux à porter sur ses épaules son film qu’il le faisait avec le beaucoup plus pitoyable The Hollars, incursion ratée dans les comédies dramatiques pseudo-romantiques des familles dysfonctionnelles.

Ici, bien qu’on démarre avec un drame digne d’un film de Disney, celui-ci pèse son importance par rapport à la force d’une famille unie, histoire de bien faire briller les moments plus mélodramatiques qui nous attendent. Oui, il y a des moments où le suspense est roi, mais on ne nous envahit pas de jump-scares, et on essaie, au mieux, de creuser un peu la psychologie des personnages.

Le hic, c’est qu’il semble pratiquement impossible d’injecter une dose honorable d’intelligence à des personnages issus d’un film d’horreur. Ce, tellement leurs décisions et les situations dans lesquelles ils se retrouvent pris, se noient dans un ridicule abasourdissant. On ne voudra pas entrer dans les détails histoire de ne pas gâcher les surprises, mais disons qu’on soupire et on hoche la tête à plus d’une reprise.

Néanmoins, grâce à des performances convaincantes, surtout provenant de Blunt, évidemment, mais aussi de Krasinski lorsqu’il agit dans le retrait, un peu comme dans Aloha, ou même le trop souvent oublié Away We Go, le film jouit d’un rythme fortement assuré qui tire plutôt judicieusement profit de son heure et demie.

A Quiet Place est donc un film d’horreur satisfaisant. Stupide, certes, et pas assez conscient de ses absurdités pour en rendre l’ensemble plus divertissant et assumé, mais un petit moment de frayeur au cinéma qui fait le boulot, à qui voudra bien en profiter.

6/10

A Quiet Place prend l’affiche en salles ce vendredi 6 avril 2018.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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