L’amour et la paix – Емир Кустурица sans la fanfare

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N’ayant pas réalisé de film de fiction depuis une dizaine d’années, le cinéaste Emir Kusturica ramène les Balkans au grand écran avec On the Milky Road (2017). Le double lauréat pour la Palme d’or au Festival de Cannes semble avoir perdu son chemin en allant chercher une pinte de lait au dépanneur.

Le cinéaste joue du cymbalum, cette plateforme à cordes que l’on frappe avec des baguettes pour produire des sons. Ces touches rappellent les pas des fugitifs auxquels il dédit le tiers de son film. Une fuite longue, évasive et lassante comparée à celle du duo du film The Budapest Hotel (2014) de Wes Anderson. N’empêche que si la fanfare n’est pas au rendez-vous pour suivre les personnages, donner le rythme et tout fondre dans l’euphorie, l’entourage y est. Là, où celui qui survit fait preuve de force, se fie à ce qu’il ressent et suit son instinct.

Sur fond de guerre, Kusturica développe le thème de l’adaptabilité des vivants ou carrefour où les animaux, les humains et les insectes partagent la même animosité. Qui a oublié le gros cochon qui mange une carrosserie dans le film Chat noir, chat blanc (1998)? Le cinéaste développe également l’ellipse qui se métamorphose en superposition du film Underground (1995). Lorsque le personnage sort de son abri sous-terrain et combat dans une guerre qu’il croit être la même que celle avant son isolement, alors qu’il s’agit d’un autre conflit. En fait, c’est cette reprise qui est ennuyante dans L’amour et la paix (2017).

Kusturica est le cinéaste et le personnage principal qui fait des va-et-vient sur ce champ de bataille avec l’allure du héros du film El Topo (1970) de Alejandro Jodorowsky. Comme lui, il a un parapluie, mais sa monture est un âne plutôt qu’un cheval. Ensuite, il fait intervenir une madone italienne, nulle autre que l’actrice Monica Bellucci. À la différence du film La Communauté (2016) de Thomas Vinterberg à travers lequel l’histoire de couple est une excroissance de la commune, le cavalier et la madone nous écartent de ce qu’on a envie de retrouver à l’écran. Le temps est matérialisé par une horloge déglinguée, c’est la temporalité des amants en fuite qui la remplace.

Bon, les adeptes du style auront droit à quelques saynètes bizarroïdes dans ce monde où savoir recoudre une oreille est plus important que de savoir régler un pendule austro-hongrois. Là, où donner un coup de bélier à un serpent est possible et où un barman sèche ses verres avec un séchoir à cheveux.

Vues aériennes, animations 3D, gore à la Tarantino: le cinéaste semble mûr pour une retraite dans les montagnes.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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