L’Île interdite: coopérer les deux pieds dans l’eau

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L’île s’enfonce inexorablement: nos héros sauront-ils s’emparer des trésors et embarquer à bord de l’hélicoptère avant qu’ils disparaissent eux-mêmes sous les eaux?

Conçu par Matt Leacock et entre autres édité par Gamewright pour sa version française vendue au Québec, L’Île interdite – Forbidden Island dans sa déclinaison dans la langue de Shakespeare – est un jeu coopératif où de deux à quatre joueurs doivent unir leurs forces (et leurs instincts) pour récupérer des trésors éparpillés sur une île mystérieuse et réussir à quitter cette dernière avant que les flots ne la fassent disparaître.

Les amateurs du jeu Pandémie se retrouveront ici en terrain connu, et pour cause: c’est le même Matt Leacock qui a créé l’extrêmement populaire jeu de lutte contre les maladies. On retrouve ainsi, deux ans après la sortie de Pandémie, le même concept de collaboration contre le jeu et ses hasards parfois meurtriers. Heureusement, si le succès des aventuriers explorant l’île interdite repose toujours sur une bonne dose de chance, ce titre plus récent est moins sombre, et surtout moins cruel dans ses coups de poignard portés au dos des joueurs. Ainsi, quelques erreurs sont pardonnées… lorsque l’on joue au niveau de difficulté le plus faible.

Le principe est simple: à son tour, un joueur peut effectuer trois actions parmi une série d’options: se déplacer sur une grille formée de cases représentant les divers endroits de l’île; assécher ces mêmes cases si elles sont inondées; ou encore donner, à un autre joueur, une carte à l’effigie de l’un des quatre trésors. À la suite de ces actions, le joueur pige deux cartes d’une première pile, pile qui peut contenir une carte à l’image de l’un des trésors, une carte offrant de poser des gestes spéciaux, ou encore une redoutée (et redoutable) carte de Montée des eaux. Ensuite, il pige au minimum deux cartes indiquant les endroits de l’île menacés par les vagues.

Puisqu’il est nécessaire d’accumuler quatre cartes comportant le même symbole et de se rendre sur l’une des cases affichant l’image du trésor que l’on veut récupérer pour s’emparer de celui-ci, le parcours des aventuriers ne sera pas de tout repos. D’abord, un minimum de deux régions de l’île se retrouvent effectivement sous les eaux à chaque tour, ce qui force les joueurs à se déplacer pour les assécher. Car si une région déjà inondée se retrouve une fois de plus « attaquée » par l’océan, elle disparaît, emportant avec elle un possible accès à un trésor, et forçant même un joueur qui s’y trouverait à trouver refuge sur une case avoisinante. Ce joueur menacé ne peut nager ailleurs? Il sombre avec la case, provoquant l’échec de la mission et la fin de la partie. Idem si les deux points d’accès à un trésor disparaissent avant que celui-ci a pu être récupéré, ou si l’héliport – l’endroit d’où les aventuriers regagneront la terre ferme – sombre.

De plus, lorsqu’un joueur pige une carte Montée des eaux, la tension monte aussi vite que les flots: des endroits déjà inondés les tours précédents sont de nouveau menacés et le nombre de régions touchées à chaque tour augmente lentement. Si ce nombre augmente trop, la partie est perdue là aussi.

Certes, les façons de se condamner à l’échec sont nombreuses, et lorsque le niveau de difficulté augmentera, il sera essentiel que chaque joueur utilise le plus possible les compétences spéciales du personnage dont il a hérité en début de partie.

Heureusement, des mécaniques de jeu plus simples que dans Pandémie viennent alléger l’atmosphère. Idem pour la disposition des cases, par exemple, ou encore des étapes d’un tour typique. On pourrait même croire, au départ, que la gamme des actions possibles est trop limitée, mais le jeu nous fera rapidement comprendre que le temps presse.

Côté présentation, L’Île Interdite réussit un sans-faute. Les règlements sont clairs, le manuel, les pions, les pièces, les cartes… tout est particulièrement coloré, imaginatif, agréable à l’oeil. N’oublions pas, non plus, les représentations physiques des trésors à récupérer, toutes fabriquées de façon hors pair avec un niveau surprenant de détail.

Le tout est contenu dans une boîte en métal évoquant les coffres à crayons et les boîtes à lunch de notre enfance – ou plutôt de celle de nos parents, autant de contenants cachant parfois leur lot de mystères…

L’Île Interdite est un excellent jeu, dont l’achat est vivement recommandé.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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