Cinéma – Tuktuq / Iqaluit: aller à la rencontre des Inuits

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Le Nunavut, de même que le Nunavik, partagent les mêmes latitudes que les pays nordiques. Avec la fonte des glaces de l’Arctique causée par le réchauffement climatique, les peuples inuits risquent d’être en première ligne de l’arrivée des cargos étrangers voulant emprunter cette voie maritime. Avec les films Tuktuq (2016) réalisé par Robin Aubert et Iqaluit (2017) réalisé par Benoît Pilon, les deux cinéastes nous invitent à découvrir cette vaste zone.

Avec Tuktuq, le cinéaste Robin Aubert adopte un style rappelant certains films de Robert Morin et de Denis Côté qui se rapprochent du documentaire et du film expérimental. Le spectateur dont l’œil est aiguisé à ce type de réalisme ne sera aucunement déçu, c’est vraiment bon ! Robin Aubert joue le rôle du caméraman Martin Brodeur (comme le joueur de hockey !) qui se trouve à être le « nobody » repêché par le sous-ministre. Bref, l’histoire est simple. On le débarque dans un village du Nunavik et sa mission consiste à prendre des images du lieu et de les envoyer au cabinet de son employeur.

Via son film, le cinéaste ne nous donne pas à voir un univers à l’intérieur duquel des acteurs jouent leur rôle dans une histoire où il y a une situation initiale, une intrigue, un dénouement, des effets d’intensité dramatique, un happy end, etc. Ce qu’on voit à l’écran, ce sont les images d’un technicien de la télé communautaire passionné de chasse qui n’a jamais mis les pieds au nord du 55e parallèle. À plusieurs reprises, on écoute les échanges téléphoniques entre le caméraman et le sous-ministre au sujet des images et de son mandat qui devient de moins en moins éthique au point de contribuer au drame de ces populations : la déportation.

Avec Iqaluit (2017), le cinéaste Benoît Pilon nous plonge dans un univers chevauchant le film Mesnak (2011), réalisé par Yves Sioui Durand, et le film La turbulence des fluides (2002), réalisé par Manon Briand, d’ailleurs le début est similaire par l’arrivée spectaculaire dans cette station du Nord magnifiée dans tout son éclat dynamique. Il ne suffit que de remplacer la musique de Goldfrapp pour un fond sonore de violons. Grosso modo, la muse du film La Florida (1993) réalisé par George Mihalka, l’actrice Marie-José Croze débarque à Iqaluit parce que son mari est à l’article de la mort. Alors la Carmen L’Espérance des scènes de bronzage dans la colonie de snowbirds incarne Carmen, la femme de Gilles. Bref, elle ne veut pas quitter Iqaluit tant qu’elle n’a pas fait la lumière sur la mort de son mari, un contremaître qui menait une double vie.

L’intrigue n’est pas très palpitante et on en vient à se demander si cette histoire aurait pu avoir lieu dans un autre contexte, à savoir si ce n’est qu’une transposition d’un mélodrame occidental au Nunavut pour captiver les spectateurs convertis à Hollywood et au vedettariat français dont Mme Croze fait partie désormais… peut-être pas ! En reprenant l’acteur Natar Ungalaaq de son film Ce qu’il faut pour vivre (2008), le cinéaste fait un clin d’œil à cette tragédie qu’ont vécu les peuples Inuits entraînant une discontinuité intergénérationnelle de la transmission du savoir.

Immersion nordique

Au Cinéma Beaubien, les deux films sont projetés. Alors, il est possible de les visionner un après l’autre. L’expérience en vaut le coup puisque le film Iqaluit pourrait être vu comme la suite du film Tuktuq du point de vue du progrès. Robin Aubert nous montre des gros plans des montagnes, de la chasse et du savoir-faire des Inuit, tandis que Benoît Pilon nous montre des plans panoramiques, la pêche et l’adaptation du savoir-faire inuit aux exigences du marché, du moins du développement économique.

Si tous les produits importés du sud enlèvent une certaine pureté au lieu nordique au point de se confondre avec le dépotoir dans le premier film, dans le second, on nous montre une capitale qui bouge avec son « nightlife », ses architectures neuves, ses services publics bien en place, des gens qui ont de l’argent et des jeunes vêtus à la mode. Ainsi, Robin Aubert nous montre comment on prépare les peaux et Benoît Pilon nous montre comment les tailler pour confectionner des vêtements design. Quelque part, ces films sont complémentaires.

Ces deux fictions nous permettent de séjourner au Nord le temps d’une soirée, mais le plus intéressant demeure de se questionner sur la façon dont nous représentons les Inuits via le cinéma.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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