De vedette du web à militant politique: la transformation de Ken Bone

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Hugo Prévost

L’époque: la campagne présidentielle américaine de 2016. Le lieu: le deuxième débat entre les deux candidats, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton. L’ambiance est exécrable, les deux adversaires en sont pratiquement à s’insulter directement. Et voilà que se lève l’un des membres du public avec une question portant sur la protection de l’environnement et des emplois dans le secteur minier. Cet homme, c’est Ken Bone.

Ken Bone est un homme ordinaire. Le cheveu qui se fait rare, le ventre quelque peu rebondi, le cliché de l’Américain optimiste et bon vivant. Même son accoutrement, un confortable chandail rouge porté sur une chemise bien boutonnée, venait renforcer cette image. L’individu, devenu instantanément une célébrité sur le web, a surfé pendant quelques temps sur la vague. Mais voilà que ce bref passage sous le feu des projecteurs lui ait donné le goût de la vie publique: M. Bone a en effet récemment annoncé qu’il se joignait à Victory Holdings, un organisme qui dit vouloir replacer « l’électeur » au centre du processus politique.

« Les gens de chez Victory Holdings m’ont contacté, puisque leur message à propos du recentrage de l’action politique autour des gens ordinaires correspond tout à fait à ma propre plateforme visant à rappeler au peuple américain qu’il mérite que sa voix soit entendue au sein du gouvernement », explique M. Bone en réponse à des questions transmises par courriel.

« En fait, j’ai été propulsé dans la sphère publique. Je n’ai jamais contacté de média ou de commanditaire: à chaque fois que je me suis retrouvé aux nouvelles, c’est parce que l’on m’avait d’abord approché », poursuit-il. « Après avoir eu l’opportunité de me faire entendre, j’ai estimé qu’il était de ma responsabilité civique de dire au plus grand nombre de gens possible qu’ils avaient droit à la même voix au sein du gouvernement. J’ai obtenu ma chance par hasard, et je me suis dit que ce n’était pas juste pour tous les autres qui n’avaient pas eu droit à cette opportunité. J’ai donc voulu leur annoncer qu’ils pouvaient sortir de chez eux et améliorer leur pays. »

Repenser le financement

Vouloir améliorer les choses, c’est bien. Mais c’est aussi le mantra de la quasi-totalité des candidats pour la quasi-totalité des élections, que ce soit aux États-Unis, au Canada ou ailleurs dans le monde. Comme l’explique M. Bone, le principal argument de Victory Holdings tient en deux logiciels: DonorDex, qui vise à faciliter les cueillettes de fonds à des fins politiques, et Landslyde Digital, un outil de gestion de campagnes électorales.

« En se concentrant sur les dons permettant de mener une campagne, plutôt que de devoir faire appel aux groupes d’intérêts pour obtenir de l’argent, nous espérons pouvoir continuer de nous concentrer sur l’aide apportée aux communautés qui élisent nos dirigeants, plutôt que d’être redevables à ces groupes particuliers », mentionne Ken Bone en parlant de DonorDex.

M. Bone a beau apparaître dans une publicité vidéo de Victory Holdings où il dénonce le climat politique délétère actuel, de là à plonger lui-même en politique active, il y a un pas qu’il ne semble pas prêt à franchir, du moins pas pour l’instant. « Je ne ferme pas la porte à une possible candidature. Si je le fais, j’irai avec DonorDex », lance celui qui est, somme toute, un porte-parole. « Je ne suis actuellement pas dans une position familiale et professionnelle, en ce moment, pour effectuer une transition vers la vie publique. »

« Les divisions dont nous sommes actuellement témoins empoisonnent notre système politique. En tant que modéré qui a des contacts avec les républicains et les démocrates, je travaille à ramener les discussions civiles en politique. En privé, cela fonctionne très bien: les gens sont habituellement plus qu’heureux d’échanger entre eux. Mais il est bien plus difficile de faire en sorte que des groupes s’adressent la parole. »

Ken Bone reconnaît d’ailleurs que la pente sera raide: « Pour être honnête, ma liste de contacts avec les dirigeants des partis est particulièrement courte. Je n’ai pas beaucoup d’influence, pour l’instant, pour rapprocher les deux camps. Je vais continuer de parler à de petits groupes de gens lors de mes déplacements. J’ai bien plus de succès de cette façon. Il faut garder en tête le fait que j’ai encore ma carrière et ma famille dont je dois m’occuper. Je ne suis qu’une seule personne, mais il y a bien plus de centristes que l’on croit aux États-Unis. Ils ont une voix, eux aussi, et j’espère que je pourrai travailler avec eux pour aider à panser les plaies et combler le vide. »

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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