Gulîstan, terre de roses: le portrait féminin du PKK

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Janis Le Dalour

Rencontre avec Zayné Akyol, la réalisatrice du documentaire Gulîstan, terre de roses, diffusé au Québec et produit par l’Office national du film au Canada. Premier long métrage de l’artiste, il présente la facette féminine du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Il dresse un portrait de ces femmes, parties s’engager pour une lutte idéologique et armée.

« Qu’est-ce qui s’offre à une jeune femme qui subit de l’oppression, qui voit l’armée au quotidien? Elle se demande: vais-je vivre dans cette oppression et la faire vivre à mes futurs enfants? Il n’y a pas beaucoup de possibilités: fuir ou revendiquer ses droits. Ce n’est pas une décision facile à prendre. »

C’est d’abord l’histoire d’une petite fille, Zayné Akyol, qui immigre à Montréal durant son enfance. Elle est née en Turquie. Sa gardienne, Gulîstan, est kurde elle aussi. La petite fille s’attache et s’identifie. Mais bientôt, c’est le départ au Kurdistan pour sa baby-sitter, qui s’enrôle dans les rangs du PKK, un parti armé qui lutte pour l’autonomie du Kurdistan en Turquie. En 2000, la petite fille devenue grande apprend la mort de Gulîstan. À travers son documentaire, elle a voulu partir sur les traces de la jeune femme. Et aussi comprendre les raisons qui ont poussé sa gardienne à risquer sa vie. « Le but du documentaire était très personnel, très identitaire, mais il n’en reste pas moins qu’à partir du moment où les gens ouvrent leurs portes de cette façon, c’est normal de les laisser s’exprimer sur leur idéologie. On aborde donc des questions politiques, leur philosophie. La prochaine fois que les gens entendront parler du PKK, j’espère qu’ils pourront se souvenir du film et se mobiliser », affirme la réalisatrice.

Immersion dans les montagnes du PKK

Le documentaire plonge directement son public dans le camp des combattantes. Tous les gestes du quotidien sont là ; soin des cheveux, repas, leçons de combat, danse, et entretien des armes. Un doux paradoxe se dessine entre la jeunesse des filles qui apparaissent à l’écran et la dureté de leur mission. Kalachnikov en bandoulière, elles se taquinent, les lèvres pliées en de malicieux sourires. La réalité n’est pourtant jamais loin. À Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, les combats sont bien réels entre le PKK et le groupe terroriste de Daesh. En août 2014, alors que commence le tournage, la guerre est déclarée. Dans le documentaire, l’endroit devient l’objectif principal des jeunes filles, elles sont prêtes à combattre et semblent n’avoir peur de rien. « C’est une fierté et un devoir ». Une fierté qu’elles arborent au même titre que leur kalachnikov, en bandoulière.

Leur engagement est entier: «Elles considèrent qu’elles ont une mission, et ce jusqu’à la mort.» Le PKK compte environ 20 000 combattants, dont 40% de femmes. C’est une proportion considérable dans un groupe armé. 40 millions de Kurdes, c’est le plus grand peuple sans pays. «Les Kurdes sont très fiers de leurs combattants, car ce sont leurs seuls défenseurs.» Mais alors, qui sont-ils?

« Le PKK est démocratique, très féministe et porté sur l’écologie, la pluralité religieuse et culturelle, ainsi que l’acceptation. Ils sont très avant-gardistes en quelque sorte pour la région. Anciennement communistes, il y a très peu de hiérarchie. » Considéré comme un groupe terroriste au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans l’Union européenne, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande, le groupe ne reçoit aucune aide internationale. Les Kurdes sont 40 millions, c’est le plus grand peuple sans territoire distinct.

En guerre contre Daesh

Le PKK est en conflit avec le groupe terroriste depuis 2014. Deux camps, avec des idéologies opposées. « Selon moi, le PKK et Daesh représentent deux extrêmes. Au sein de la communauté, j’ai entendu les discours les plus féministes de ma vie. Au Kurdistan. Juste en face, il y a Daesh, qui prône des valeurs antagonistes. C’est pourquoi l’éducation est une arme de plus contre le groupe terroriste. » D’ailleurs, de nombreux cours sont donnés aux filles du campement. On peut les voir prendre la parole librement et s’exprimer pour défendre leur opinion. Il y a des cours dans toutes les disciplines, avec au programme plus de leçons d’histoire que de combat. La réalisatrice appuie: « Il ne faut pas simplement prendre les armes. Leur plus grand combat c’est l’éducation. »

C’est pourquoi il semble si important pour ces femmes, souvent très jeunes, de se montrer fortes, mais aussi de pouvoir exprimer et argumenter leurs points de vue.

Durant le tournage, Zayné Akyol et son équipe ont passé un peu de temps avec les jeunes filles au sein du campement, dans les montagnes. Une immersion totale. « Elles avaient le goût d’être filmées, elles voulaient tout nous montrer, dès notre arrivée. » Puis, l’équipe prend la direction de Sinjar où les combats se poursuivent, mais dans une certaine tranquillité à ce moment-là. Aucune peur n’est ressentie. « On se sentait protégés par ces femmes même si la situation est toujours imprévisible et que l’atmosphère demeure fébrile et pleine de tension. Les difficultés éprouvées étaient surtout d’ordre technique et matériel. » C’est une belle rencontre à laquelle le spectateur assiste et à laquelle il a d’ailleurs l’impression de participer. En s’identifiant à ces jeunes femmes, il est facile de s’attacher et de vouloir en savoir plus. Malheureusement, plus de la moitié a disparu depuis le tournage.

En mars prochain, Zayné Akyol se rendra à Raqqa, en Syrie, ville-mère de l’État islamique, et au coeur des combats entre Daesh, le PKK, le YPG (branche syrienne du PKK) et la coalition internationale.

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À propos du journaliste

Janis Le Dalour

Arrivée en terres canadiennes depuis maintenant 2016, je poursuis des études à l’Université de Montréal au sein du certificat de journalisme. Bretonne d’origine, mon chemin m’a mené dans divers endroits, toujours poussée par une soif de découvertes intarissable. Je porte un intérêt particulier aux sujets portant sur la culture mais aussi la politique et les sujets de société.

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