Rester ferme devant la Russie et la Wallonie

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René-Maxime Parent

Afin d’amortir l’impact de l’arrivée au pouvoir de M. Donald Trump à la présidence des États-Unis, le premier ministre canadien Justin Trudeau a nommé le 10 janvier l’ex-ministre du Commerce international, Chrystia Freeland au poste de ministre des Affaires étrangères. Cette dernière a déjà fait ses preuves envers la Russie et la Wallonie.

« Au printemps 1996, un président russe malade et alcoolique, artisan du chaos social dans son pays, n’a en effet survécu à une impopularité abyssale que grâce au soutien déclaré, politique et financier, des capitales occidentales. Et à un providentiel bourrage des urnes. Boris Eltsine, le chouchou des démocrates de Washington, de Berlin et de Paris fut donc réélu. Le 31 décembre 1999, il décida de transmettre tous ses pouvoirs à son fidèle premier ministre, le délicieux Vladimir Poutine… », écrit Serge Halimi dans son éditorial du Monde diplomatique de janvier.

Un président russe manipulé par l’Occident, voilà un scénario qui va à l’encontre de la menace que représente la Russie actuellement, depuis que le candidat M. Donald Trump a manifesté son admiration pour le président Vladimir Poutine pendant la campagne électorale. Par contre, ce rappel historique suggère que les deux dirigeants russes appartiennent à la caste des dictateurs fantoches au même titre que le président de la République de Cuba de 1952 à 1959, Fulgencio Batista, ou que le président de la République d’Irak de 1979 à 2003, Saddam Hussein, ce qui n’est pas moins inquiétant.

Ayant pour mandat de faire connaître la culture contemporaine du monde postsoviétique, le webzine The Calvert Journal a publié des articles sur les tendances des années 1990. Que ce soit par la rébellion du mouvement punk, les événements de musique rave ou les vidéoclips de la chaîne américaine MTV, la jeunesse russe de cette période a eu droit à la même acculturation vis-à-vis la culture occidentale que les jeunes de tous les autres pays. Aujourd’hui, les « stars » Gérard Depardieu, Steven Seagal et Jean-Claude Van Damme trouvent refuge dans cette région du monde.

Probablement que ce qui inquiète l’establishment américain, c’est que le futur président ne respecte pas les cercles concentriques des alliés de même que l’exclusion des adversaires des États-Unis, résumés par le professeur au Hampshire College, Michael Klare dans le Monde diplomatique de janvier. Pourtant, malgré tous les messages provocants qu’il a dit ou écrit sur Twitter, le président désigné Donald Trump n’a pas renoncé à la position hégémonique des États-Unis. Même si le président russe intervient militairement en Syrie et en Ukraine, l’armée de terre américaine correspond au double de la totalité des dépenses russes, poursuit le professeur.

En plus de l’acculturation des peuples à l’Occident et de l’hégémonie américaine, on ne peut pas nier l’enquête et les actions prises par les autorités pour contrer l’espionnage russe en leur sol. Pendant la campagne électorale, de grands médias comme le Washington Post et le New York Times ont favorisé la candidate démocrate Hillary Clinton au détriment du candidat Bernie Sanders et leurs finances ont bénéficié des déclarations sensationnalistes du candidat républicain Donald Trump. Cependant, cette subversion du quatrième pouvoir demeure inacceptable lorsqu’elle est orchestrée par un gouvernement adversaire.

Ayant occupé le poste de journaliste économique au Financial Times à Moscou, Mme Chrystia Freeland semble détenir l’expertise pour opérer dans ce climat. Peu après sa nomination, la nouvelle ministre canadienne des Affaires étrangères a écrit sur Twitter que c’est un « honneur » de se retrouver sur « la liste de sanctions de (Vladimir) Poutine » en compagnie de certains collègues parlementaires, rapporte Radio-Canada International le 12 janvier.

Trouble-fête

Au poste de ministre canadien du Commerce international, Chrystia Freeland s’est fait connaître du public par la négociation de l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada (AECG). Son souvenir tient moins à la signature de l’accord qu’au rappel d’un peuple de 3 600 000 habitants que le mythe de David contre Goliath est toujours possible. Le parlement de Wallonie en Belgique, dominé par le Parti socialiste a refusé de donner délégation au gouvernement belge pour conclure ce traité, 13 jours avant la cérémonie.

Sans rejeter le principe d’un traité de libre-échange et sans remettre en cause les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le parlement wallon a demandé de conférer à l’AECG le statut de traité mixte impliquant une ratification par les Parlements nationaux, ainsi que l’inscription de 14 balises pour respecter les droits humains dans tous les accords de libre-échange, rapporte le politiste Raoul Marc Jennar dans le Monde diplomatique de janvier. En réponse à cette objection, le gouvernement canadien a refusé toute renégociation avec l’appui des gouvernements européens.

L’AECG a été signé le 30 octobre 2016. Le nouvel accord limite la pratique des sociétés-écrans et des entreprises « boîtes aux lettres », en appliquant aux sociétés installées au Canada les mêmes règles qu’en Europe. Pour bénéficier de l’AECG, ces sociétés doivent avoir un « lien effectif et continu » avec l’économie locale.

Ainsi, les Wallons ont donné un coup de pouce au gouvernement canadien pour contrer l’évasion fiscale, plus de 100 000 titulaires de comptes bancaires dans les paradis fiscaux à travers le monde en 2013, d’après le Consortium international des journalistes d’enquête (CIJE).

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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