Une Biennale bien arrosée

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René-Maxime Parent

À la Nocturne du 4 novembre au Musée d’art contemporain de Montréal ( MAC ), les visiteurs déambulaient à travers les œuvres de la Biennale au rythme des DJs. Accompagné d’un bédéiste qui préfère garder l’anonymat, nous avons comparé nos impressions.

Au rez-de-chaussée, une vidéo de l’artiste David Gheron Tretiakoff sur le déménagement de la sculpture géante de Ramsès provoquant une euphorie générale dans les rues du Caire était projetée dans la petite salle. L’intérêt du film consistait à voir les réactions des Égyptiens au déplacement de ce symbole « divin » de grande taille. D’un point de vue journalistique, il s’agit de la captation d’un événement insolite, alors que d’un point de vue artistique, la vidéo nous sensibilise à la réaction des gens présents face à une icône commune et matérialisée.

Au premier étage, un autre artiste cherche à nous sensibiliser à l’interprétation d’un fait d’actualité en employant un canal créé par l’artiste Andy Warhol. La série de 472 courts métrages « Screen Tests » de l’icône du Pop Art mettait en scène des figures célèbres comme celle de Bob Dylan et de Marcel Duchamp. L’artiste Luke Willis Thompson reprend le canal par la mise en scène de deux noirs descendants de parents qui ont été victimes de brutalité policière.

Pour lui, il s’oppose à la faible représentation des minorités visibles dans l’œuvre de Warhol, c’est-à-dire cinq portraits sur presque 500. Par contre, si on compte sur nos doigts, Warhol en a fait trois de plus que Thompson. De plus, le mentor de Jean-Michel Basquiat ne choisissait pas la couleur de peau des célébrités américaines des années 1960.

Tous les deux, nous trouvions qu’il y avait un manque de travail dans cette œuvre.

Vaste et vide

En fait, le MAC renvoyait l’impression d’abriter un grand vide. Avançant d’un îlot à l’autre, il ne semblait pas y avoir d’organisation d’ensemble. Il y a une différence entre mélanger des éléments disparates en laissant leurs interconnexions au hasard et organiser ces éléments usant de contrastes pour les mettre en valeur, créant un parcours du même coup, tel que le MAC présente les œuvres habituellement.

Tout à coup, des musiciens se sont mis à jouer des percussions au milieu de l’espace. Les visiteurs se sont aussitôt attroupés autour d’eux. Arrivés à la fin de leur partition, ils changeaient de positions, disposées en carré, et recommençaient à taper. Le bédéiste fixait la prestation à la recherche d’une explication à ce tintamarre soudain. Une employée du musée nous a expliqué qu’il s’agissait d’un extrait d’une prestation avec une fanfare chorégraphiée par une artiste célèbre, mais que l’effet n’est pas le même s’ils sont seulement quatre.

« Non, il n’y a pas de lien avec les œuvres autour. Disons que c’est à la frontière de la musique et de l’art visuel », a répondu l’employée à mes hypothèses conceptuelles. « Vous devriez aller au karaoké », nous a-t-elle recommandé afin de nous indiquer un îlot artistique pour nous satisfaire. Une attraction style cabaret qui faisait écho à celle d’Ubisoft Montréal au rez-de-chaussée. Tout au long de la soirée, les gens faisaient la file pour essayer le nouveau jeu vidéo Eagle Flight.

Après la prestation du quatuor, le bédéiste ne pouvait s’empêcher de dénoncer le ridicule auquel nous assistions. « Tu vois ? C’est ça l’art. Ça prend de l’argent, des contacts », déplore-t-il. « Si personne travaille, un jour il n’y en aura plus », conclut-il avec désarroi.

Par chance, des sculptures en paille avaient suscité notre attention.

Tassée dans le coin

Trois œuvres intéressantes, en ce qui concerne la technique, n’étaient pas mises en valeur dans l’exposition. Le tableau coloré de l’artiste Njideka Akunyili est accroché au fond d’une salle. À l’entrée d’une autre salle, la sculpture de Valérie Blass échappe à notre champ de vision. Malgré l’éclairage intense des feuilles de papier brûlées à la cigarette de David Gheron Tretiakoff, leur accrochage dans un couloir ne permet pas aux visiteurs de reculer suffisamment pour avoir un point de vue d’ensemble sur la série. Par contre, les œuvres inspirées de l’écriture sont bien en vue en dépit de leur manque d’attrait plastique.

Notre coup de cœur est allé à l’œuvre d’Isa Genzken. L’artiste a installé des mannequins comme ceux dans les vitrines de la Plaza St-Hubert et les a habillés avec des vêtements comme ceux des friperies bon marché, sans plus.

La vidéo de l’artiste qui s’est filmé en Chine, incluant une scène où il danse dans un club sur un montage d’extraits audio à contenu politique, suggère peut-être une explication au relâchement technique de ce rendez-vous artistique de 54 artistes et collectifs en provenance de 23 pays.

Tout au long de la soirée, les DJs animaient la piste de danse. Les cocktails « Biennale », un mélange d’ingrédients disparates, circulaient.

À la rencontre d’inconnus afin de converser sur l’art, ces derniers nous ont offert d’échanger nos coordonnées pour se joindre à l’élaboration de leur « réseau ». Une tendance bien représentée par l’ensemble de l’exposition.

La Biennale de Montréal occupe le MAC jusqu’au 15 janvier 2017.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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