Mendelssohn et l’Orchestre métropolitain: Yukari Cousineau et le romantisme écossais

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Xavier Proulx

Les cordes étaient à l’honneur vendredi dernier pour un concert attendu de l’Orchestre Métropolitain dirigé le chef-invité Kensho Watanabe et laissant libre court au talent de son premier violon, Yukari Cousineau. On y présentait les plus grandes œuvres de Felix Mendelssohn, le concerto pour violon No.2 en mi mineur et la symphonie No.3 dite « Écossaise ».

D’emblée, le charisme du chef invité d’origine japonaise transperça toute la prestation. L’aide-chef de l’Orchestre de Philadelphie présenta tout d’abord avec humour et passion le parcours musical de Mendelssohn. Teintés par les nombreux voyages du compositeur, ces deux concertos constituent l’accomplissement d’une transcription musicale des paysages, notamment ceux de l’Écosse, que Mendelssohn affectionnait particulièrement. Rehaussée de nombreuses variantes et rappels stylistiques entre les deux symphonies de facture similaires, la structure de la composition évoque les grands espaces et l’effet du passage du temps sur la nature. Dirigeant l’orchestre tout en sautillant de part et d’autre du podium, Watanabe livra une prestation dynamique malgré une interprétation relativement réservée de ces deux concertos.

« Le conte de la belle Mélusine » ouvrit la soirée grâce à une intrigue poétique aux reflets aquatiques qui par la suite s’enlise peu à peu subtilement dans un univers tragique et puissant.

Puis, le concerto pour violon no. 2 donna l’occasion au violon solo de l’Orchestre, Yukari Cousineau, de démontrer toute l’étendue de son talent. Populaire concerto – on aura d’ailleurs reconnu le thème de la fin du film fétiche Les Visiteurs – et écrit pour un ami d’enfance de Mendelssohn, Cousineau libéra un rare mélange de sensibilité et de virtuosité. Dans un soubresaut des cordes, évoquant une épique chevauchée dans les vallons de brumes, le thème principal se répercutait, tantôt dans l’écho des violoncelles, tantôt dans la précision cristalline du coup d’archet de la soliste. Le chef d’orchestre expliqua d’ailleurs que le concerto a été inspiré par la visite d’une chapelle lors d’un voyage Écossais du compositeur. L’ensemble a su dépeindre une belle simplicité dans la modulation des émotions, tout en maintenant l’équilibre vis-à-vis l’ensemble de l’orchestre. Le thème principal revient comme un leitmotiv, tantôt dépeint en toute grâce, précision et sensibilité par Yukari Cousineau, tantôt répercuté par toute la force de l’orchestre, comme captivé lui aussi par la légèreté romantique de Mendelssohn aux allures de fête foraine.

On regretta un bref instant la lecture un brin trop feutrée du concerto tel que dirigé par Watanabe. On aurait souhaité une attaque quelque peu plus crue dans les premiers mouvements. Mais dans le quatrième mouvement, les graves soubresauts des tonalités des violoncelles annoncent un orage imminent qui se matérialise par un crescendo et décrescendo annonçant un vent dissonant. Une belle évocation du romantisme de la nature celte, le troisième mouvement se terminant quant à lui dans un thème d’espoir éclairci par la pénombre des nuages noircis.

Globalement, l’esprit cohésif de ce programme romantique fut bien porté par l’orchestre et son chef. Saluons encore une fois l’authenticité et la justesse du jeu de Yukari Cousineau, qui fut par ailleurs acclamée haut et fort à la fin du concert.

L’Orchestre Métropolitain répétait la prestation en tournée à Pointe-Claire ce samedi, après avoir tourné à Ahuntsic, Verdun et Rivière-des-Prairies.

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À propos du journaliste

Xavier Proulx

Architecte, ingénieur et photographe, Xavier Proulx est journaliste pour Pieuvre.ca depuis plusieurs années. Mélomane averti, il se spécialise dans la couverture des événements musicaux de Montréal. Pour lui, ces compte-rendus sont un prétexte pour décrire de façon onirique les impressions du spectateur.

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