Le Nederlands Dans Theater brille après plus de 20 ans d’absence

0

Laurence Cardin

La dernière visite du Nederlands Dans Theater à Montréal remonte à 1994, la compagnie se classe au rang des plus grandes compagnies de danse au monde et la chorégraphe Crystal Pite, adulée des Montréalais signe une des œuvres présentées; dire que la compagnie était attendue de pied ferme à la Place des arts en ce début novembre serait une affirmation faible.

Les attentes étaient hautes pour les fidèles de la compagnie qui ont eu la chance de l’applaudir sous la direction de Jiří Kylián, directeur artistique jusqu’à 2004, mais surtout pour la génération en dessous, celle qui n’a jamais vu en chair et en os les danseurs virtuoses de cette compagnie se produire à Montréal. Pour cette visite attendue, le directeur artistique de la compagnie, Paul Lightfoot, a choisi de présenter trois œuvres du répertoire, soit deux qu’il a créées conjointement avec sa conjointe Sol León, Sehnsucht et Stop-Motion. Ces œuvres étaient entrecoupées par une création de la chorégraphe vancouvéroise Crystal Pite.

La soirée s’ouvre sur la première œuvre du duo León Lightfoot, Sehnsucht, créée en 2009 et qui met en scène quinze danseurs. Tandis qu’un couple interprète en douceur des souvenirs dans une structure tournante au-dessus de la scène, un cœur unifié de danseurs se déploie sur la scène. En entrée de jeu on est vite ébloui par le niveau technique phénoménal des danseurs, ils sont tous plus virtuoses les uns que les autres, leur maîtrise technique est hypnotisante et percutante et l’unisson du groupe captive, bien appuyée par la musique rythmée de Beethoven.

 

La seconde pièce de Crystal Pite vient briser cette technique léchée. In the event est une pièce plus sombre et dramatique; un petit groupe de danseur exécute des formes brisées saccadées, une gestuelle que l’on reconnait et apprécie de la chorégraphe. Les danseurs se déplacent en groupe, liés et près du sol, la musique percutante est ponctuée de bruit de foudre, la tension est palpable. On y apprécie le travail de déconstruction du mouvement technique de Pite, que les danseurs virtuoses s’approprient avec brio. La pièce en reste là, elle se termine trop vite, on en redemande et aurait aimé voir vers quoi cette tension amènera le groupe.

La soirée se termine avec Stop-Motion, signée León et Lightfoot, on y retrouve une fois de plus un petit groupe de sept danseurs, qui illustre le processus d’un adieu et de la transformation, appuyé par la musique mélancolique de Max Richter. On y découvre de magnifiques duos ainsi qu’un moment touchant lorsque les danseurs dansent dans une poudre blanche. La gestuelle demeure simple dans son intention, on y voit certes de belles lignes et de grandes prouesses techniques, mais la trame de la pièce reste assez linéaire et gentille. 

Ce programme triple aura certainement été bonifié par l’œuvre de Pite. Mais lorsque l’on voit sur scène des danseurs majestueux, probablement parmi les meilleurs au monde et qu’on nous offre des œuvres qui mettent en valeur leurs habiletés techniques, on est au final éblouis, et on oublie que le répertoire présenté manquait un peu d’audace. On a plutôt hâte à la prochaine visite de la compagnie et on croise les doigts pour qu’ils reviennent vite nous présenter des œuvres d’autres chorégraphes influents que comporte son large répertoire.

 

Partagez

À propos du journaliste

Laurence Cardin

Répondre