Opéra – Des airs de déjà-vu

0

Martin Prévost

Samedi soir, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts, avait lieu la première de l’opéra Aïda, du compositeur Giuseppe Verdi. Le Chœur de l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain étaient sous la direction de Paul Nadler qui a déjà dirigé plusieurs productions avec l’Opéra et dont la dernière était Turandot, en 2014.

Le moins qu’on puisse dire de cette œuvre c’est qu’elle permet de mettre en valeur les solistes. Elle leur offre de nombreux airs, dont plusieurs sont assez longs et dont quelques-uns peuvent s’inscrire dans la liste des actes de bravoure.

Mais, une fois que cela nous est donné, il faudrait en faire quelque chose d’entraînant, de minimalement dynamique. C’est surtout cela qui manque à la mise en scène de François Racine qui nous présente cette œuvre un peu comme on peut la voir dans des documents d’archives. Les belles performances vocales des solistes ne permettent pas de rendre vivants certains moments très statiques. En fait, on a l’impression que seul le minimum a été fait pour diriger les acteurs. Il y a bien une scène ou deux où l’on sent poindre la personnalité d’une Amnéris très sentimentale. Mais que penser d’une Aïda au jeu monolithique, sans dynamisme et sans grâce aucune ? C’est pourtant pour l’amour de ce personnage que Radamès est prêt à mourir.

Bien sûr, il y a eu les quelques chorégraphies qui sont venues rescaper le tout et donner un peu de vigueur à l’ensemble. Mais les meilleurs moments de la soirée sont sans doute ceux où les solistes se joignaient au chœur pour des moments grandioses et même d’apothéose. Voilà ce qui réjouissait les cœurs.

Du côté des performances individuelles, disons que la puissance, la justesse et la suavité de la voix d’Anna Markarova (Aïda) étaient à l’opposé de son jeu physique : tout à fait à la hauteur. Égalée en cela par un Kamen Chanev (Radamès) à la voix colorée et très expressive. Malheureusement, Olesya Petrova (Amnéris) a connu quelques difficultés dans les aigus demandant de la puissance : on aurait dit qu’elle forçait sa voix.

Pour ce qui est de l’orchestre, on peut dire qu’il a livré tout ce qu’il fallait, en parfaite union avec le chœur. Seul bémol à mentionner, des percussions trop appuyées dans les fortissimos : de quoi faire sursauter l’auditoire.

En conclusion, cette soirée nous a donné à entendre de très belles voix, autant dans le chœur que chez les solistes, et un orchestre très en moyens. La mise en scène et le jeu des chanteurs nous a cependant laissés sur notre appétit.

Partagez

À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

Répondre