Embrasse-moi comme tu m’aimes – En bordure de la tranchée des années 1940

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René-Maxime Parent

Reconstitution historique, cocon familial élargi, pactes tordus : le dernier film d’André Forcier Embrasse-moi comme tu m’aimes ( 2016 ) ajoute un nouveau chapitre à son œuvre.

L'affiche du film

L’affiche du film

Tel que vu dans la bande-annonce, le film raconte l’histoire d’un couple de jumeaux dans lequel la fille ( Juliette Gosselin ) aime son frère ( Émile Schneider ) comme un amoureux, c’est-à-dire qu’elle veut consommer cet amour avec lui. Le cinéaste joue avec ce lien mystérieux qui unit les enfants qui ont cohabité dans le ventre de leur mère pendant 9 mois.

Peut-on reprocher le désir consanguin de cette jeune femme en chaise roulante, cloîtrée à l’intérieur avec sa mère ( Céline Bonnier ), qui n’a de l’attention que de son frère qui s’occupe d’elle ? À son âge, elle veut charmer les hommes et être séduite par eux en retour. Privée de l’usage de ses jambes, elle confond son lien de jumeau avec l’amour.

L’intensité du titre aux multiples « m » renvoie à l’idée d’une relation « étouffante », celle des jumeaux d’une part, et celle de tous les personnages d’autre part. La première famille se dédouble par une autre famille dont le père horrible ( Roy Dupuis ) rappelle les hommes des premières pièces de théâtre de Michel Tremblay sur son enfance.

Ce deuxième foyer baigne également dans un interdit par rapport à la sexualité, ce qui confirme le pendant avec l’autre famille. Artiste méticuleux, le cinéaste insère une courte scène afin qu’on saisisse la symétrie. Un claquement de doigts. S’il joue avec la symétrie entre les jumeaux et installe un parallèle entre les deux familles, il va jusqu’à transposer le dédoublement dans le contexte des années 1940 : la guerre outremer.

Deuxième Guerre

Qu’on pense à la recette fait avec du lait maternel du film Coteau Rouge ( 2011 ) ou à la double vengeance du film Je me souviens ( 2009 ), la structure des films d’André Forcier s’organise souvent à partir d’un schéma cellulaire. Tourné dans la même veine, le film Embrasse-moi comme tu m’aimes ( 2016 ) semble moins feutré que ses films antérieurs.

Si on qualifie sa cinématographie de surréaliste, le subconscient traité laisse des traces marquées à l’écran. Un personnage se fait littéralement « étampé » dans le mur et une autre mange une lettre reçue par La Poste et les sous-titres au bas de l’écran, de la même « mordée ». Le cinéaste emploie la dimension du rêve, ce prétexte du cinéma américain de l’époque pour contourner la censure.

Le pendant à l’espace filmique, qui se trouve en dehors du cadre, c’est le « gouffre » de la Deuxième Guerre. À chaque fois qu’un jeune garçon décide de partir sur un coup de tête, le film suggère une coupure. L’option est là ! L’armée recycle la naïveté des jeunes, puis les débarque en Normandie.

Sous la direction d’un haut gradé ( Julien Poulin ), les scènes d’entraînement des jeunes soldats rappellent une scène surréelle du film Le vent du Wyoming ( 1994 ), lorsqu’un curé fait creuser des tombes en prévision de l’hiver.

Le cinéaste André Forcier ne manque pas de nous désaltérer. Le melon du pique-nique à l’air aussi savoureux que le nectar de pêche du contrôleur de train dans le film Les États-Unis d’Albert ( 2005 ), simplement par la description de sa culture et de sa provenance.

Les jumeaux et la guerre, y’a-t-il un lien à faire avec le mythe romain de Romulus et Rémus?

Le film Embrasse-moi comme tu m’aimes ( 2016 ) sortira en salle le 16 septembre.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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