Fin de cycle en Amérique du Sud

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René-Maxime Parent

La fin du cycle « populiste » a généré des attentes qui se sont transformées en désarroi, soutient le collaborateur uruguayen au quotidien argentin La Nación, Tomás Linn, le 10 août. Ce dernier passe en revue la situation du Venezuela, du Brésil et de l’Argentine.

Au Venezuela, une majorité écrasante a changé la composition politique du Parlement, mais n’a pas modifié la conduite et les caprices du régime chaviste présidé par Nicolás Maduro. La pénurie d’aliments, de médicaments et des autres produits de base est une réalité dramatique. Il y a toujours des prisonniers politiques et le mécontentement ne se manifeste pas seulement dans les urnes, mais aussi dans la rue, courant le risque de faire face à une grave répression. Le président Maduro ne cède pas et s’endurcit.

Au Brésil, même s’il n’y a pas eu de régime populiste, il y a eu un parti allié à d’autres partis qui a gouverné pendant presque quatre mandats en plein scandale de corruption. Par-dessus tout, la situation économique est devenue difficile. Le gouvernement transitoire espère que la controverse se dénoue au sujet de l’ex-présidente Dilma Rousseff, mais agit comme si l’affaire va durer infiniment. Plusieurs membres ont pris part à cette corruption bien avant que l’on suspecte l’ex-présidente. La crise économique va se poursuivre.

Cependant, de nouvelles poursuites sont lancées et des sentences prononcées contre des entrepreneurs et des politiciens impliqués dans un réseau incroyable. Rien ne garantit une solution rapide au Brésil de même qu’au Venezuela. Le chavisme a été l’alternative pendant la crise de la tradition bipartite il y a 15 ans, mais refuse aujourd’hui de quitter le pouvoir afin de laisser la place à une situation favorable à la stabilité et aux investissements étrangers.

Les gouvernements du Venezuela et du Brésil ont hérité des désastres qu’ils ont eux-mêmes créés. Alors qu’en Argentine, le nouveau gouvernement s’est chargé de « chronométrer son héritage afin qu’il éclate » au moment où le pays est prêt à assumer le prochain gouvernement. Ainsi, le président Mauricio Macri a disposé d’une latitude pour imposer des mesures impopulaires, bien qu’inévitables à la suite de la débâcle issue des gouvernances antérieures. À l’aide de ses discours et de sa gestuelle, le nouveau président a essayé de transmettre de l’optimisme et de la confiance au peuple.

Les deux présidences de Carlos Menem n’ont pas consolidé l’économie comme prévu. La corruption et la politique de ce gouvernement a engendré la crise économique grave de 2001. À la suite de cette crise, le gouvernement a opté pour des politiques inconvenables, a pris des décisions irraisonnées et a fait des paris absurdes. Le « modèle » politique argentin n’a jamais été pris en main, probablement à cause de sa corruption.

Au Brésil, au Venezuela et en Argentine, il en revient au peuple d’en finir avec la corruption et de reléguer au passé la démagogie économique et l’autoritarisme arbitraire. Le signal doit provenir du pays dans son ensemble, conclut Tomás Linn.

Pays géant

À l’approche de la parution d’un nouvel ouvrage sur l’idiosyncrasie au Brésil coécrit avec l’historienne Heloisa M. Starling, l’anthropologue Lilia M. Schwarcz fait la lumière sur la crise identitaire au Brésil dans un entretien avec El País, le 12 août. Le quotidien espagnol a tenu a rappeler une étude menée par l’anthropologue en 1988, sur l’acceptation raciale à l’échelle du pays.

La question était la suivante : est-ce que vous ressentez des préjugés à l’égard des gens d’autres races? Les Brésiliens ont répondu « non » à 97 %. Par contre, les Brésiliens ont répondu « oui » à 99 % à la question : est-ce que vous connaissez des gens qui ressentent des préjugés à l’égard de gens d’autres races? En somme, le résultat démontre que les Brésiliens ne sont pas racistes, mais sentent que leurs semblables sont victimes de racisme. Un décalage attribuable à un pays en quête d’identité.

L’anthropologue a mis de l’avant deux fondements identitaires : l’appartenance au territoire et le statut d’ex-colonie du géant sud-américain. « Il est grand comme un continent : si vous allez vers le sud, vous verrez un pays allemand; si vous allez à São Paulo, vous verrez un pays métissé; si vous allez dans le nord-ouest, vous verrez un pays africain. Lequel est le Brésil? Toutes ces régions. Nous ne nous localisons pas à l’intérieur de l’Amérique latine, non plus. Nous parlons portugais », affirme-t-elle.

Aujourd’hui, son ouvrage s’adresse à un public international espérant que le Brésil se conduise comme un pays parmi les autres. « L’enjeu est de ne pas donner à l’Europe l’histoire qu’elle cherche. L’Europe est un lieu impérial et les Européens croient toujours qu’ils ont une identité propre. Les ex-colonies, comme le Brésil, cherchent toujours leur identité », avise-t-elle.

Si l’ouvrage a pour effet d’éloigner le Brésil des grandes narrations historiques des États-Unis, de la France ou de l’Allemagne, ce n’est que la pointe de l’iceberg, rapporte El País.

Après la pluie et une série de problèmes techniques lors de la compétition de Saut à la perche aux Jeux olympiques de Rio le soir du 15 août, un jeune athlète Brésilien a marqué l’histoire. À 22 ans, Thiago Braz da Silva a remporté la médaille d’or et a atteint un nouveau record à 6.03 mètres devant un Français et un Américain. Un événement qui devrais jouer sur la définition identitaire du Brésil.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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