Reykjavík – Geyser, requin faisandé et piscine

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René-Maxime Parent

À la rencontre de deux plaques tectoniques, l’éruption volcanique cristallisée par le climat polaire s’est solidifiée en une île excentrique. Son isolement a concrétisé l’avènement d’une culture particulière.

L’observation du geyser figure parmi les excursions les plus populaires à partir de Reykjavík. Il s’agit d’observer un trou dont la sédimentation l’a munie d’un col qui lui donne une allure de cratère. Les vapeurs qui s’échappent de l’eau qui remplit ce tunnel connecté aux entrailles de la Terre produisent un effet de suspense. Puis, une bulle remonte à la surface, et le jet suit ! Les visiteurs doivent attendre de 10 à 15 minutes avant le prochain jaillissement. Le délai est approximatif étant donné que c’est un phénomène naturel.

Avant de reprendre la route, prenez-le temps de prendre un café, un skyr ou des croquettes de poissons au complexe formé de plusieurs cafétérias. Le temps de vous remettre de vos émotions, surtout si c’est dimanche. Vaut mieux avoir le ventre plein au moment où les Islandais retournent en ville, ce qui peut causer du trafic sur la route de campagne. N’empêche qu’un bouchon de circulation vous permettra d’observer les moutons et les chevaux islandais de petite taille et de couleurs variées.

L’initiation

« Essaie le requin ! », me lance un Islandais après lui avoir demandé ce que je ne devais pas manquer pendant mon séjour à Reykjavík. Inutile de lui demander des précisions, il parlait du requin faisandé que les guides de voyages mettent en haut de la liste des aliments répugnants – les testicules de bélier, la tête de mouton et le pouding de foie – que mange un peuple qui a longtemps vécu dans la misère. « Nous, nous le mangeons comme ça », rajoute-t-il.

De biais à Hallgrímskirkja, la grande église grise qui chapeaute la ville, le Café Loki offre un repas de cuisine traditionnelle qui comprend du hákarl. « Nous ne pouvons pas le manger après l’avoir pêché parce qu’il est toxique. Le requin évacue son urine par sa peau », m’a expliqué l’Islandais. C’est pourquoi on diminue la quantité d’ammoniac dans le poisson par l’enfouissement de sa chair sous la terre pendant 6 mois pour ensuite la faire sécher dans un séchoir de 2 à 4 mois.

Avant de se mettre un petit cube de chair blanche sous la dent, mieux vaut prévenir le coup en commandant un verre de Brennivín, l’eau-de-vie des Islandais. À la première croquée, on se questionne sur la robustesse de ceux qui écrivent les guides de voyage. Quand l’arrière-goût embarque, enduit les moindres racoins de notre bouche, on pince les lèvres pour se rendre jusqu’au bout de l’expérience. L’odeur d’ammoniac remonte dans notre fosse nasale. On pense arrêter de respirer, un instant. Seul l’alcool transparent peut emprunter le même chemin et rincer le tout. Les trois autres cubes poursuivent la corrosion que les rasades du schnaps à l’étiquette noire éteignent.

Le requin est servi avec trois beurrées de pain à l’ancienne garnies de saumon fumé, d’une purée mélangeant poisson, patate et oignon, et de tranches d’agneau sous forme de charcuteries. Une assiette délicieuse à laquelle on a ajouté du poisson séché.

Expérience aquatique

La ville de Reykjavík compte une cinquantaine de piscines. Ce qu’on entend par piscine en Islande, c’est la fusion d’une piscine publique, d’un spa scandinave et d’un parc aquatique comme on l’entend ici, en Amérique du Nord. Par contre, il ne faut pas croire que le rafting des glissades d’eau de Saint-Sauveur se trouve dans tous les centres sportifs de là-bas. Il faut plutôt penser la piscine en tant qu’activité sociale, bonne pour la santé de tous. Si presque tout est plus cher sur l’île nordique, il n’en coûte qu’une dizaine de dollars pour avoir un accès illimité à la piscine de Laugardalur située à côté du camping de la ville.

L’eau des bassins est chauffée et contient peu de chlore, ce qui exige un certain rituel d’avant-baignade auquel nous ne sommes pas habitués. Il s’agit de prendre sa douche nu et de bien se laver sous la supervision d’un employé de l’établissement. Cela fait, on met notre maillot et « direction piscine ».

À l’extérieur, l’eau de tous les bassins est plus chaude que l’air ambiant sauf une exception. Le baigneur a le choix entre une piscine pour faire des longueurs, une piscine pour les enfants, plusieurs jacuzzis et le bain pour quatre personnes où la température de l’eau varie entre 5 et 8 degrés.

Les sportifs nagent, les personnes âgées font de l’aquaforme, les enfants s’amusent, les gens trempés dans l’eau chaude discutent, d’autres se font bronzer, et ainsi de suite.

Chacun est libre de passer du froid au chaud ou du chaud au froid afin d’ouvrir et de refermer ses pores de peau à sa guise.

On en sort mieux dans son corps et plus à l’aise dans cette atmosphère nordique.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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