Blâmer la « guerre » contre le crime

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René-Maxime Parent

À la suite des incidents d’Orlando et de Dallas, le président Barack Obama a réuni, mercredi, des activistes pour les droits civiques, des politiciens et des représentants de l’ordre à Washington. Le professeur en droit de l’Université Georgetown, David Cole, a critiqué le culte de la violence de la société américaine dans le New York Review of Books du 8 juillet.

Plus que n’importe quelle autre nation dans le monde, les Américains ont recours au système de justice pour résoudre leurs problèmes sociaux d’une façon compulsive. Ces problèmes sociaux comprennent les problèmes mentaux, de dépendance aux drogues, de pauvreté, liés aux sans-abris et au manque d’opportunités.

Leurs « premiers répondants » sont trop souvent les policiers, qui emploient des menottes et des fusils plutôt que l’assistance publique ou une approche humaine. Les États-Unis arrêtent et emprisonnent plus de citoyens qu’ailleurs dans le monde, et les citoyens ciblés sont disproportionnellement des hommes noirs ou hispaniques issus des quartiers défavorisés. Sans que l’on trouve les ressources à investir dans ces quartiers pour leur offrir des écoles adéquates, des programmes de formation à l’emploi, un service de garde pour les enfants après l’école et un développement économique. Par contre, les Américains sont d’accord pour payer de grosses sommes d’argent pour plus de patrouilles policières dans le voisinage. Puis, les prisons sont dominées par la violence des gardes et des détenus.

La violence d’État engendre la violence dans la sphère privée. Si les citoyens noirs et hispaniques perdent confiance en l’équité du système de justice criminel, ce système s’effondre. Le professeur de droit à l’Université Yale, Tom Tyler, a démontré qu’une société saine dépend de la perception de la légitimité de ses lois. Quand les citoyens perdent la foi dans la légitimité du système, ils sont moins portés à adhérer à leurs devoirs et de coopérer, ce qui nuit à la conformité et au respect des lois. Ainsi, trop souvent les policiers laissent une approche douce et légitime afin d’opter pour la violence. La correspondante au Los Angeles Times, Jill Leovy, l’a démontré dans la série d’ouvrages Ghettoside. Quand la loi perd sa légitimité dans une région, les gangs apparaissent aussitôt.

Répondre aux agissements des policiers par la violence n’est pas nouveau. Dans les années 1960, les policiers ont rencontré des soulèvements dans les villes à travers le pays, faisant des ravages dans le peu de ressources dont disposaient les milieux défavorisés. Après l’acquittement en 1992 du policier qui a battu brutalement Rodney King à Los Angeles, des agitations similaires sont survenues dans la mégalopole. Cette fois à Dallas le 7 juillet, les protestations ont été massivement pacifiques, alors que les actes contre lesquels ils ont protesté ne l’étaient pas. De plus, l’attaque au « sniper » de M. Johnson ressemble plus aux tueries d’Orlando et de San Bernardino qu’à la spontanéité du soulèvement des communautés de par le passé.

Il y a des différences importantes entre les fusillades des policiers, les exécutions des gangs, les soulèvements populaires violents, les actes terroristes et les attaques de « sniper », mais tous ces incidents partagent le même recours précipité, injustifié et en fin de compte corrosif à la violence, conclut le professeur David Cole.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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