The Elephant in The room – Le huis clos burlesque années 30 du Cirque Leroux

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Mathilde Perallat

Dans le cadre du Festival Montréal complètement cirque, la nouvelle compagnie française Le Cirque Leroux est invitée au Théâtre Outremont pour six représentations qui promettent un franc succès.

Huis clos feutré entre vaudeville, cinéma hollywoodien et cabaret burlesque, voilà une pièce brillante comme on n’en avait pas vu depuis longtemps en cirque contemporain!

Ambiance années 1930; nous sommes dans le salon tapissé de Betty Barick le soir de son mariage. Miss Betty, la femme hystérique et machiavélique, et les trois dandys que sont son mari, son amant et son majordome s’y livrent à des confrontations qui se transforment in fine en acrobaties de haut niveau. Monsieur Barick fait tout pour plaire à sa femme, que cela agace prodigieusement, et qui voudrait bien se débarrasser de lui. L’amant transi s’applique à séduire Betty, pour le principe, alors qu’il semblerait que son cœur batte aussi un peu pour le valet. Ce dernier est quant à lui tributaire des évènements et se fait balader. Autant de configurations propices à des numéros en duo, à trois ou de la troupe au complet.

Les quelques dialogues – qui ne font habituellement pas très bon ménage avec le cirque – sont suffisamment légers et humoristiques. Les gags sont des classiques du clown et du théâtre. Exécutés avec subtilité, ils fonctionnent merveilleusement. La première partie, plus théâtrale, peut sembler un peu longue passé l’émerveillement des débuts. Laissez-vous plonger dans leur univers, la suite saura vous réjouir avec tout le cirque nécessaire.

Délicatement amenées, les séquences de main à main, de banquine et d’équilibre forment des images d’une poésie surprenante qui détonnent avec la mise en scène burlesque des scènes du début. Les conceptions lumière et musicale participent grandement à ces changements constants de ton. Soudain, les corps prennent le pas sur le verbe. Tout en douceur, les liens se créent, les corps s’enlacent, s’enveloppent, jouent, pour créer des danses acrobatiques superbes.

Tout dans ce spectacle est adresse et ingéniosité. Certains tableaux sont pure élégance, on se croirait plongés dans une peinture antique. D’autres sont dignes de scènes tout droit sorties d’un film muet du Hollywood de 1930.

Il est rare de voir réunis profondeur de jeu, humour, excentricité et poésie dans un spectacle d’un tel niveau technique. Car nous sommes au cirque et il ne faut pas oublier la performance. Les quatre artistes, diplômés de l’ENC et de l’École de Bruxelles, sont absolument éblouissants du début jusqu’au final explosif, tous ensemble sur le mât chinois.

On en ressort ébloui d’avoir été témoin de tant de beauté, émerveillé par ces corps et leurs capacités qu’on imagine illimitées, rafraîchi par une heure quinze de fantaisie. À peine sorti, on aimerait s’y replonger pour s’en imprimer les images dans un coin de la tête.

Une belle réussite ! Et un signe très encourageant pour l’évolution de la dramaturgie dans le cirque contemporain.

Pour tous.

Au Théâtre Outremont dans le cadre de Montréal complètement cirque

Vendredi 8 juillet — 20 h
Samedi 9 juillet — 20 h
Dimanche 10 juillet — 16 h
Lundi 11 juillet — 20 h
Mardi 12 juillet — 20 h
Mercredi 13 juillet — 20 h

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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