Le poids de l’armement dans la balance du conflit colombien

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René-Maxime Parent

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien n’ont pas encore signé d’accord de paix, après 50 ans de conflit armé. Un observateur des négociations qui se déroulent à La Havane à Cuba, Alfredo Molano Bravo a donné une conférence le 5 mai dernier à l’UQAM pour faire le point sur les discussions entamées il y a trois ans.

La salle des boiseries de l’UQAM était bondée, des rangées de chaises ont été ajoutées pour accueillir tout le monde.

Le docteur honoris causa de l’Université de la Colombie, auteur d’une vingtaine d’ouvrages et chroniqueur influent sur le conflit, Alfredo Molano Bravo a tenu à souligner la distinction entre les deux groupes armés qui font la guérilla contre le gouvernement. Ayant fait de nombreux allers-retours entre la campagne et la ville, il a expliqué que les FARC sont composés de campagnards tandis que l’Armée de libération nationale (ELN) est composée d’ouvriers.

Ouvertement « de gauche », le sociologue a précisé que les négociations ont porté sur l’armement, et non sur les problèmes sociaux. Les discussions ont eu lieu grâce à la volonté de l’administration du président américain, Barack Obama. Les États-Unis détiennent la « clé » du poids de l’armée colombienne, imposante dans les négociations. Le nouveau président à la suite des élections présidentielles prévues le 8 novembre 2016 pourrait changer la donne.

Même si les deux partis signent l’accord de paix sur l’armement, le problème de la redistribution des terres, de la formation d’un parti politique et de la justice transitionnelle afin de condamner les crimes de guerre demeurent entiers.

« Qu’est-ce qu’on peut faire pour éviter que la même histoire se répète, ce sont des gens différents, mais c’est toujours la même dynamique? », ont répété plusieurs personnes pendant la période de questions.

Pour le vieil homme qui s’exprimait lentement avec précision, l’important est de créer un parti politique représentatif des campagnards et des ouvriers, afin qu’il y ait une opposition réelle au parlement de la Colombie.

50 ans

À La Havane, on a tracé l’historique du conflit.

La concentration des terres a exigé une main-d’œuvre assujettie aux grandes propriétés. Les campagnards ont formé des associations contre le système de concessions.

Les États-Unis ont investi massivement dans le développement de l’Amérique latine dans les années 1920, notamment pour construire le canal de Panama.

Les conservateurs au pouvoir ont créé une force policière indépendante en 1939. Le parti communiste a été légalisé avec l’idée d’armer des campagnards contre d’autres campagnards. Les campagnards armés se sont réfugiés dans les montagnes de la cordillère orientale dès qu’on a largué des bombes de napalm.

« La guérilla peut créer la révolution, pas seulement les mouvements sociaux », ont retenue les étudiants colombiens de leur séjour à Cuba, après la révolution de 1959. Les autorités cubaines ont fait valoir la réforme agraire en Amérique latine.

Les conservateurs et les libéraux se sont partagé le pouvoir en Colombie dans les années 1970 sans qu’il y ait de place pour une opposition considérable. Entre temps, les guérilleros traditionnellement de gauche ont essayé de repousser les États-Unis en dehors de la zone.

Les campagnards ruraux et les commerçants des villes procèdent du même mouvement. Les campagnards défrichent de nouvelles terres et les commerçants s’en emparent. Les campagnards ont renforcé le défrichement de nouvelles terres.

« Pendant l’année 1973, en seulement un jour, les autorités colombiennes ont envahi 200 terres. En 1974, c’était la répression », a affirmé Alfredo Molano Bravo.

Le gouvernement a donné l’autorisation d’armer la population civile en 1978, afin de disposer de paramilitaires pour contrer la guérilla. Le but a été de répandre la terreur dans les associations de campagnards, de défaire leurs liens.

La culture de marijuana est apparue dans les années 1970, la culture du coca cinq ans plus tard, des cultures qui génèrent un revenu assez élevé pour résoudre tous leurs problèmes économiques.

Le gouvernement colombien disposait d’une véritable armée en 1980. Le pouvoir a reconnu le parti de gauche en 1982 à la suite de négociations. Les partisans ont été assassinés.

Désormais, le gouvernement doit compter sur les paramilitaires pour garder le pouvoir. Les États-Unis ont permis l’existence de cette milice, qui a acquis un bataillon aérien, pour des raisons de sécurité nationale.

À partir des années 2000, le gouvernement colombien a accordé 30% de son budget national à la logistique militaire, du même coup, il a autorisé treize traités de libre-échange.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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