Le Danemark accosté de tous bords, tous côtés

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René-Maxime Parent

Après avoir ouvert les frontières à des centaines de milliers d’Irakiens et de Syriens pendant la dernière décennie en Suède, on doit gérer une augmentation des problèmes sociaux et la montée de l’extrême droite. Au Danemark, on craint de vivre dans une seconde Suède, d’après Hugh Eakin du New York Review of Books.

Six réfugiés en provenance de la Syrie, du Pakistan, de l’Érythrée, du Myanmar et de l’Ouganda ont participé au spectacle de danse Uropa au Théâtre royal de la capitale Copenhague du 29 janvier au 14 février afin de raconter leur expérience au Danemark. « Si l’on est de gauche, on les voit souvent comme des victimes. Si l’on est de droite, on les voit comme des personnes qui viennent prendre nos biens. Il est intéressant de voir comment ils voient eux-mêmes leur situation », affirme le metteur en scène, Christian Lollike au quotidien danois Politiken le 21 janvier. Au départ, ils étaient dix. Les autorités danoises ont refusé l’asile à deux réfugiés, un autre a été arrêté et expulsé et le quatrième a quitté le pays.

Pour la première fois en Scandinavie, une mosquée dirigée par deux femmes va ouvrir ses portes à Copenhague. La mosquée Mariam réserve la prière du vendredi aux femmes. « Il s’agit de changer l’image de l’Islam au Danemark et de montrer qu’il existe un mouvement spirituel et progressiste », explique l’imam Sherin Khankan à Politiken du 17 février. La mosquée proposera un nouveau contrat de mariage où la femme a les mêmes droits que l’homme, lors du divorce entre autres.

Les dirigeants danois ont longtemps protégé les minorités religieuses. Pendant l’occupation nazie de l’Europe, le Danemark était le seul pays qui persécutait l’antisémitisme et qui a sauvé une grande partie de la population juive, rapporte Hugh Eakin. « 95 pour cent des juifs du pays pendant la Seconde Guerre mondiale avaient été envoyés clandestinement en Suède afin d’échapper à la persécution nazie », a affirmé le rédacteur en chef de Politiken, Bo Lidegaard dans une tribune publiée le 29 janvier par le Financial Times.

Le Danemark a également été le premier État à ratifier la convention de l’ONU sur le statut des réfugiés en 1951, a rappelé le rédacteur en chef afin de mettre en contexte la « loi des bijoux », votée le 26 janvier. La loi implique que les policiers confisquent les biens des réfugiés au-delà d’une valeur de 10 000 couronnes ( 1 908 dollars canadiens ), et allonge le délai pour le regroupement familial de une année à trois ans. « Cette loi est une alerte qui rappelle jusqu’où l’Europe pourrait dériver si nous ne sommes pas capables d’affronter ce problème ensemble », a affirmé Bo Lidegaard.

En marge

Plusieurs écrivains danois ont associé le traumatisme causé par l’invasion de leur territoire par l’Allemagne de Bismarck au 19e siècle, qui a fait plusieurs morts, à l’obsession d’affirmer son identité nationale, sa danité. La résistance de ce petit pays, qui possède le Groenland, a amené le penseur Søren Kierkegaard à développer une philosophie existentialiste en réaction à l’idéalisme allemand, en vogue sur le continent à l’époque.

« Par rapport à l’image que les Danois ont d’eux-mêmes, la tolérance est vue d’un bon œil (…) mais, une tolérance excessive est perçue comme étant naïve et contreproductive pour maintenir l’identité nationale danoise », écrit l’anthropologue danois, Peter Hervik.

Le consensus anti-immigration au Danemark s’est créé après les incidents de septembre 2001 aux États-Unis. Le parti d’extrême droite Danish People’s Party était exclu de la scène politique jusqu’aux élections de novembre 2001. L’immigration a été le thème central de la campagne électorale, comme la population musulmane a doublé dans les années 1990. Le Liberal Party a pris la décision historique de former un gouvernement avec le parti d’extrême droite.

« Ils sont durs sur les crimes, durs sur l’immigration, mais sur les politiques d’aide sociale, ils sont de centre gauche. Parfois, ils essayent même de surpasser les Social Democrats », a confié l’ex-premier ministre du Danemark, Anders Fogh Rasmussen à Hugh Eakin. Le système de sécurité sociale est excellent pour les danois, mais difficile d’accès pour les nouveaux arrivants.

À partir de 2002, on a commencé à limiter le nombre de demandeurs d’asile par une série de nouvelles règles et mis fin au mariage comme moyen d’acquérir rapidement la citoyenneté, en plus de resserrer les critères pour obtenir un statut de réfugié.

Avec sa nouvelle politique étrangère, le Danemark a abandonné sa neutralité traditionnelle pour prendre part aux interventions en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie aux côtés des troupes américaines.

L’ex-premier ministre, Anders Fogh Rasmussen, siège au poste de secrétaire général de l’OTAN.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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