Les voitures sans pilote, une percée anti-environnement?

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Les voitures automatiques pourraient accroître l’utilisation de l’automobile, réduisant ou même éliminant les économies d’énergie et les avantages environnementaux mis de l’avant, révèle une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Leeds.

La mise au point de systèmes de conduite autonome s’est accélérée rapidement depuis le dévoilement du prototype de Google, en 2012, et l’efficacité énergétique devant découler de l’amélioration de la circulation a été présentée comme l’un des principaux avantages de cette technologie.

Cependant, de nouveaux travaux menés par des scientifiques de l’Université de Leeds, de l’Université de Washington et du Oak Ridge National Laboratory, publiés la semaine dernière dans le journal scientifique Transporation Research Part A, soutiennent que le véritable impact pour être modifié par la façon dont cette même technologie modifie notre relation avec les voitures.

Le principal auteur, le Dr Zia Wadud, affirme qu’« il ne fait pas de doute que l’automatisation des véhicules offre plusieurs avantages sur le plan de l’efficacité, mais si vous pouvez travailler, relaxer et même tenir une réunion dans votre voiture, cela modifie la façon dont vous vous en servez. Cela, par la suite, pourrait modifier l’équation du transport et l’impact énergétique et environnemental du transport sur route ».

L’étude se base sur une analyse de la technologie de conduite sans chauffeur, le tout combiné à des données sur l’utilisation des voitures et des camions et aux coûts d’utilisation des véhicules pour modéliser l’impact sur la demande énergétique à divers niveaux d’automatisation sur les routes américaines d’ici 2050.

Le rapport identifie plusieurs avantages des voitures autonomes en matière d’efficacité et prévoit une gamme d’impacts énergétiques possibles, en fonction de l’ampleur de l’adoption de la technologie et d’autres facteurs, soit, entre autres, une amélioration de la circulation automobile, le rapprochement de voitures pour accroître l’aérodynamisme, ou encore la diminution du risque d’accidents.

Mais l’étude prévoit également que l’attrait de cette technologie pourrait réduire, voire entièrement annuler les gains d’efficacité. Les chercheurs prévoient une augmentation de 5 à 60% de la consommation de l’énergie des voitures, les passagers choisissant d’emprunter des automobiles automatisées plutôt que des moyens de transport alternatifs, soit le train ou l’avion, par exemple.

 

« Lorsque vous prenez une décision à propos du transport, vous ne pensez pas simplement au coût du billet de train ou de l’essence pour l’auto; vous prenez également compte des coûts non-financiers. Les propriétaires d’automobiles pourrait choisir de se déplacer en train pour assister à des réunions d’affaires puisque le train leur permet de travailler et de relaxer. Le besoin de conduire s’inscrit dans le coût lié au choix de la voiture, tout comme le fait d’attendre est lié au coût du train. Si vous pouvez relaxer dans votre voiture, alors que celle-ci se conduit toute seule de façon sécuritaire vers une réunion, cela change complètement l’équation. »

 

L’étude prédit également que les gens trouvant actuellement difficile ou impossible de conduire, comme les personnes âgées ou certains handicapés, auront un accès accru au transport routier en raison de l’avènement des nouveaux systèmes, ce qui entraînera une croissance de 2 à 10% de l’utilisation énergétique sur route pour des déplacements personnels.

Des limites de vitesse possiblement gonflées en raison de la sécurité améliorée des voitures autonomes et la demande pour des équipements lourds dans de tels véhicules (télévisions, ordinateurs…) pourraient aussi saper les économies d’énergie.

L’une des principales incertitudes de cette technologie est son effet sur le partage des voitures. Les véhicules autonomes pourraient accroître l’autopartage, ou encore de choisir une voiture mieux adaptée à un certain type de déplacement.

De son côté, le coauteur de l’étude, Don MacKenzie, estime qu’« il y a beaucoup d’excitation autour des voitures autonomes, dont une majeure partie est de nature utopique. Mais il y aura sûrement des positifs et des négatifs. En ayant un point de vue clair, nous pouvons développer des politiques visant à maximiser les avantages et minimiser les inconvénients des voitures automatiques ».

« L’automatisation des véhicules présente un paradoxe: elle pourrait encourager les gens à se déplacer davantage, mais, au même moment, rend concevable l’idée d’utiliser des outils comme les péages qui peuvent annuler ces effets. Ultimement, cependant, il en revient au gouvernement de mettre en place les politiques nécessaires pour gérer ces impacts. »

Aux yeux des auteurs, les décideurs pourraient se concentrer moins sur l’accélération de l’entrée en vigueur d’une complète automatisation, et accorder plus d’attention à la promotion des aspects de l’automatisation aux impacts environnementaux positifs, dont le péage sur les routes.

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