Hail Ceasar! – Mettre la pagaille dans les castes hollywoodiennes

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René-Maxime Parent

Sur le socle de Ben-Hur (1959) et la montre anachronique et de The Ten Commandments (1956) mettant en vedette Charlton Eston, Hollywood a produit une multitude de versions de la vie de Jésus par le culte du héros et la magnification de sa scénographie dispendieuse. Après avoir arpenté le territoire américain, les frères Coen retournent au bercail des grands studios avec Hail Ceasar! (2016).

Il en a fait du chemin, le cowboy du film The Big Lebowski (1998) à travers la cinématographie des frères Coen. Quel cowboy? Le narrateur qui introduit le récit en voix off, celui qui apparaît au bar du salon de quilles pendant le film. Dans le film No Country for Old Men (2007), c’est au tour de Tommy Lee Jones de jouer ce personnage qui cadre le récit par son enquête et qui demeure passif par sa non-intervention. Dans le film Hail Ceasar! (2016), le cowboy emprunte le costume du détective privé, joué par Josh Brolin. Il est garant du sens du récit et se garde dans le droit chemin par de fréquentes visites au confessionnal.

Au début du film, le protagoniste rassemble un rabbin et trois représentants du christianisme afin de discuter de la véracité de la représentation du tournage de la vie de Jésus. Cette scène met la table pour une grille de lecture théologique du récit. Le héros du film, Jules César, que l’on est en train de tourner se fait kidnapper par une société secrète. Sans révéler le « punch », cette société détient un statut particulier, de sorte qu’elle se situe en marge de la production hollywoodienne tout en étant partie prenante de cette même production.

Jusqu’ici le récit semble aussi tordu que le récit d’Inherent Vice (2014) de Paul Thomas Anderson, d’ailleurs on a l’impression que l’acteur Josh Brolin a transposé son aura de « boqué » d’un film à l’autre. Ainsi, les frères cinéastes emploient dans ce film ce que le cinéaste Alejandro González Iñárritu tente de cerner dans Birdman (2014), la gloire attachée à la vedette qui donne des ailes. Alors, on retrouve le concierge qui se parfume à l’Air de panache de The Grand Budapest Hotel (2014) de Wes Anderson, joué par Ralph Fiennes.

Les spectateurs déçus par True Grit (2010) et Inside Llewyn Davis (2013) vont probablement saisir le sens de cette errance artistique en visionnant Hail Ceasar ! (2016). Par contre, la réalisation est beaucoup plus structurée. Chaque personnage appartient à sa caste et chaque caste ne peut dominer le système dans son ensemble. Il s’agit d’un contexte de vases communicants ou rien ne se perd et rien ne se crée.

En somme, ce type de structure peut s’avérer neutre tant les éléments sont bien équilibrés. Les adeptes de la cinématographie des frères Coen vont retrouver leur point de vue légèrement décalé de la magnification hollywoodienne. Le film est comique par moments, mais on s’amuse surtout à remonter le casse-tête de la narration.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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