Le spectre soviétique s’est volatilisé en 2015

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René-Maxime Parent

@rmaxparent

Pour marquer l’appartenance des Ukrainiens à l’Europe ou pour souligner l’intervention des puissances occidentales dans le conflit opposant l’Ukraine à la Russie, on n’a pas manqué de faire référence au communisme. Pourtant, la Russie de Vladimir Poutine a peu à voir avec l’Union soviétique.

Les rebelles russes ont atteint l’aéroport de Donetsk, un gain symbolique qui pousse l’offensive au-delà de l’est de l’Ukraine : lisait-on le 16 janvier 2015 dans les pages du New York Times.

Cet aéroport situé dans la capitale Kiev est devenu le théâtre non pas d’une ligne de front entre deux superpuissances, mais d’une guérilla localisée. « Le terminal principal, construit pour le tournoi de soccer Euro 2012 est contrôlé par les rebelles au troisième étage et au-dessus. Les forces ukrainiennes détiennent le premier et le deuxième étage, ainsi que les accès aux tunnels souterrains… », un champ de bataille semblable à un tableau de jeu vidéo de guerre.

Aussitôt, les officiels allemands ont mis en garde les autorités russes que la prise de l’aéroport allait entraîner d’avantages de sanctions économiques. Ici, on parle d’une Allemagne qui a autant changé depuis la chute du mur de Berlin en 1989 que la Russie a changé depuis la fin de l’URSS en 1991. Cependant, cette guerre avait commencé avec la reconstitution d’une démonstration de force, comme si on avait tourné la suite de Good Bye Lenin ! (2003) du cinéaste Wolfgang Becker. Ce film où le héros reconstitue Berlin-Est.

« Ceci peut ou peut ne pas être l’élément déclencheur, mais cet événement semble lié. Plus de 100 000 personnes avec des bannières scandant « Poutine a raison » et « Soyez fiers de votre pays » ont marché sur la Place rouge le 1er mai, la première parade sur la place depuis 1991. Cet extraordinaire retour en arrière est une indication d’à quel point la Russie a régressé sous le président Poutine », rapporte l’éditorial duGuardian le 2 mai 2014, à la suite de l’annonce d’une « opération punitive » dirigée vers l’Ukraine.

Dans le même ordre d’idées, le conflit a ravivé l’hystérie anticommuniste des citoyens de Kiev. Après avoir banni les symboles soviétiques, la courre a proscrit le parti communiste d’Ukraine. Un parti qui n’a des bolchéviques révolutionnaires que les déclarations marxistes-léninistes et qui ne représente aucune menace pour les séparatistes, rapporte le Guardian du 18 décembre 2015.

Matérialisme historique

Kiev doit ajouter un autre épisode à son statut de ville martyre. La ville a changé dix fois de mains du mois de décembre 1917 à juin 1920, d’après l’Institut canadien des études ukrainiennes. Puis, à la suite des deux guerres mondiales, Kiev et Varsovie ont partagé le titre de la capitale la plus ravagée d’Europe. On lui a décerné le titre de « ville héros de l’Union soviétique » en 1965.

« Il y a presque 60 ans, Nikita Khrouchtchev a révélé au 20e congrès du parti que Staline a voulu déporté toute la nation ukrainienne après la Seconde Guerre mondiale… », rapporte le Guardian du 2 mai 2014. La comparaison entre le Secrétaire général de l’URSS, Joseph Staline et le président de la Russie, Vladimir Poutine met en lumière que tous deux optent pour des politiques qui éloignent le peuple de l’idéologie communiste.

« L’URSS n’est plus « la patrie internationale des travailleurs », mais, comme le dit Die Tat, « une puissance parmi les puissances ». Les prolétariats opprimés se tournent encore vers elle; mais c’est en vain. », critique la philosophe Simone Weil en 1933. Cette allusion au nationalisme peut tout aussi bien décrire le projet « Novorossiya » qui inclue désormais la Crimée.

Tendance 2016

Les collections de dix designers ukrainiens de mode présentés dans un dossier paru sur The Calvert Journal témoignent du succès de la reconstruction de Kiev. Malgré les exigences de la mode, ces designers ont relevé le défi de créer des collections dans la situation de chaos économique et politique. Ils se sont inspirés des mobilisations populaires à la place centrale Maidan Nezalezhnosty et ont fusionné l’aspect personnel du vêtement et l’aspect politique de leur société dans leurs créations.

En Russie, on cherche plutôt à gommer toutes les références à la guerre pour en faire un principe absolu, rapporte Andrei Arkhangelsky à The Calvert Journal le 22 décembre 2015. Des t-shirts à l’effigie du président Vladimir Poutine à la collection de vêtements pour hommes du designer russe Leonid Alexeev en collaboration avec le ministère de la Défense.

Un vêtement dessiné par la designer ukrainienne Ioulia Iefimtchouk

Un vêtement dessiné par la designer ukrainienne Ioulia Iefimtchouk

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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