FNC – The Shameless: un film plus sombre que noir

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Décrire The Shameless en quelques mots? Corruption, ambivalence et trahison sur un fond de déjà-vu. Le réalisateur Seung-uk Oh nous présente un récit somme toute assez commun: un policier subit des pressions pour clore une affaire dans laquelle il doit retracer un criminel et finit par s’enticher de la petite amie du meurtrier.

Jung Jae-gon (Kim Nam-gil), un jeune détective de la brigade des homicides est contraint de poursuivre Park Joon-gil (Park Sung-Woong), un gangster en cavale. Après une première tentative d’arrestation ratée, Jae-gon se concentre plutôt sur la petite amie du truand et cherche à gagner sa confiance.

Kim Hye-kyung (Jeon Do-yeon) occupait autrefois un emploi dans le milieu de la finance, mais criblée de dettes, elle se voit obligée de travailler comme tenancière dans un bar miteux. En fait, on comprend rapidement qu’elle occupe plutôt un emploi de maquerelle… Personnage complexe, Kim Hye-kyung apparaît à la fois comme étant très dépendante affective (déjà surendettée, elle va jusqu’à prêter de fortes sommes qu’elle ne possède pas à son ami de coeur), mais elle sait être ferme auprès des clients qui lui doivent de l’argent.

Certain de pouvoir traquer Park Joon-gil en passant par sa maîtresse, Jung Jae-gon feint connaître le meurtrier et va rapidement se mériter un boulot au bar de « Madame Kim ». Tous deux se côtoyant régulièrement, un certain rapprochement se crée et bien malgré lui, le policier finit par en pincer pour la jeune femme. Et se sentir coupable de l’utiliser pour arriver à ses fins. Aucune surprise ici.

Un film noir pas toujours convaincant

Durant les deux heures que dure le film, la progression du récit se fait tout en lenteur, parfois même un peu trop. Le réalisateur nous présente un monde où les protagonistes paraissent blasés, les « gentils » comme les « méchants », bien qu’aucun ne soit totalement immaculé.

The Shameless dresse le portrait sombre et glauque du milieu interlope coréen. L’atmosphère nocturne et les scènes tournées à l’aube, avec des personnages titubant sous l’emprise de l’alcool, renforcent la solitude et la vulnérabilité des personnages. Notons la musique Cho Young-wuk qui se marie bien à l’intensité de certaines scènes et vient appuyer le caractère désabusé et froid du reste du film. Si Seung-uk Oh cherche à donner à son long-métrage des airs de film noir (dont il possède effectivement quelques attributs), il n’y parvient pas concrètement. On se perd un peu dans la multitude de directions vers lesquelles The Shameless nous oriente. Drame romantique? Polar? On attend les scènes d’action qui demeurent somme toute assez feutrées et l’effet de suspense ne convainc pas vraiment.

On apprécie le traitement sobre, sans fioritures et le visuel assez léché de The Shameless, de même que l’excellente performance de Jeon Do-yeon (qui, comparativement à ses collègues masculins, offre un jeu plus nuancé). Au final, cependant, The Shameless demeure un divertissement pas très inventif et un brin ennuyant.

***

The Shameless (Mu-roe-han)

Corée du Sud, 2015, coréen, s.-t. anglais

118 min.

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À propos du journaliste

Émilie Plante

Rédactrice web, geek au tempérament artiste, Émilie est une touche-à- tout qui carbure au café et aux activités culturelles. Éternelle étudiante, elle détient un baccalauréat en histoire de l’art, une maîtrise en muséologie, a quelques cours en communication et en gestion derrière la cravate ainsi qu’un doctorat honorifique en « flattage » de chats. Depuis 2009, elle écrit pour des blogues d’entreprises ou des sites traitant de sujets divers (univers geek, communication, féminisme, musique techno, technologies) et est journaliste culturelle depuis plusieurs années. Ses sujets de prédilection sont le cinéma, la danse contemporaine, les arts visuels, la muséologie et… sans doute aussi les chats.

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