La série noire continue chez France Télécom

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Lannion, France – Ce sont 1300 têtes baissées ainsi que des milliers de manifestants à travers la France qui défilent ce vendredi en silence pour se recueillir en souvenir du défunt Didier, un ingénieur de France Télécom de 48ans.

Au lendemain du 25 ème suicide jeudi, celui-ci à Lannion, en France, d’un des employés de France Télécom, les critiques fusent sur le PDG de la compagnie, Didier Lombard. « On a trop privilégié dans certaines entreprises l’avis des analystes financiers et ainsi on a oublié la qualité des relations sociales », a déclaré Nicolas Sarkozy dans un entretien au Figaro publié vendredi.

Le plan de restructuration proposé par le PDG de France Télécom a un effet on ne peut moins dévastateur. Le résultat s’avère tragique. Depuis février 2008, les suicides s’enchaînent avec un lien de plus en plus net avec les directives stratégiques du plan de France Télécom. Des lettres, laissées par certains de ces employés désespérés montrent que tout porte à croire que leurs suicides étaient directement liés à ces décisions.

Fermetures de sites, suppressions de postes, mutations géographiques ou professionnelles forcées, le PDG  de l’entreprise a pour ambition de sauver France Télécom. Mais à quel prix?

M. Lombard, qui sort tout juste d’une polémique après avoir parlé en public d’une « mode des suicides » au sein de son entreprise, semble dépassé.  « Plus que jamais, il faut que nous accélérions l’ensemble des mesures», afin de «sortir de cette spirale infernale », a déclaré, jeudi soir, à Lannion, le P-dg du groupe, venu en déplacement.

« La première chose, c’est le boulot interne de France Télécom: il est urgent qu’ils se retroussent les manches, et surtout que le P-DG donne le sentiment d’une empathie et qu’il aille à la rencontre de ses salariés, car je trouve qu’il ne l’a pas suffisamment fait jusqu’à présent », déclarait vendredi  le secrétaire d’État chargé de l’Emploi, Laurent Wauquiez sur Canal+, une chaîne de télévision française.

Pour le moment, les mutations forcées sont en suspens alors que les syndicats réclament pour leur part un arrêt complet du plan de restructuration. La direction mise sur des aides aux employés pour leur apprendre à gérer leur stress.

Pour autant, la désorganisation au sein de France Télécom est telle que des techniciens, en poste pour certains depuis des années, sont mutés contre leur gré vers des emplois commerciaux. On leur demande des résultats sur des objectifs de vente élevés, ce qui les amène à se sentir sous-évalués, comme des pions que l’on déplace à sa guise.

L’État, qui reste le premier actionnaire de France Télécom, devenue société anonyme en 1996 et majoritairement privée, se serait bien passé de cette publicité pour cette société qui connaît des déboires financiers depuis quelques années déjà.

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À propos du journaliste

Julie Hamaïde

Journaliste indépendante basée à Paris, ayant collaboré au Monde, Libération, Society, Slate.fr, Cheek Magazine, Nightlife.ca. Elle a contribué au documentaire Sable, enquête sur une disparition, de Denis Delestrac (Télé-Québec), pour lequel elle a été mise en nomination dans la catégorie "meilleur recherche documentaire " aux Prix Gémeaux.

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