Molière et l’hypocondrie au Théâtre du Rideau Vert

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Qu’est-ce que craint l’hypocondriaque? De mourir? D’être malade et de souffrir ? De ne pas être entouré de médecins et d’autres individus qui s’apitoient sur lui? De perdre le sens de son existence si celle-ci ne se réduit pas à guetter tout signe de son corps qui exigerait quelque remède à introduire par l’un ou l’autre de ses orifices? Tout cela en même temps, et Molière l’a bien compris en composant Le Malade imaginaire, sa pièce testament reprise avec bonheur, talent, audace et fantaisie au Théâtre du Rideau Vert.

Le Malade imaginaire est sans doute encore plus malade qu’il ne le pense. Et l’ironie veut que Molière ait composé cette comédie à la toute fin de sa vie, et qu’il soit mort juste après la 4e de ses représentations.

Habité par mille inquiétudes issues des signes les plus insignifiants repérés par lui seul dans son corps, Argan le malade imaginaire centre toute sa vie sur les clystères, les lavements et autres potions destinées à extraire cet intrus que constitue le mal. L’hypocondriaque est en lutte permanente contre un ennemi invisible et sournois, qui n’atteint que lui et que certains médecins s’obstinent à ne pas repérer. Ou alors, c’est exactement le contraire qui se passe. Tous les autres, les médecins y compris, savent bien que le malade ne l’est que dans son imagination et nullement dans son corps, mais la perspective de sa mort imminente, du fait de cette maladie qui pourtant n’existe pas, leur font élaborer bien des plans pour profiter de sa crédulité.

Ainsi, Béline, la deuxième épouse d’Argan, qui le trompe avec son notaire, attends sa fin prochaine pour pouvoir hériter. Angélique, la fille d’Argan ne sait plus comment faire pour épouser Cléante, le garçon qu’elle aime, et non ce fils de médecin, lui-même prochainement médecin, que son père voudrait bien avoir comme gendre et comme soignant par la même occasion. Monsieur Purgon, son médecin personnel profite – on ne peut plus – de la grande naïveté d’Argan. Et c’est Toinette, la servante qui parvient (en jouant avec son mal) à dénouer aux yeux d’Argan qui sont ceux sur qui il peut vraiment compter.

La mise en scène de Michel Monty est admirable. Les acteurs (parfois aussi chanteurs et danseurs), sont tous meilleurs les uns que les autres. Deux musiciens et bruiteurs délicieux s’ajoutent à cette belle distribution. Les décors sont très beaux et les costumes conçus pour révéler la vraie personnalité de tous ceux qui les revêtent.

Le Malade imaginaire au théâtre du Rideau vert est une pièce rondement menée, pleine de mille détails comiques et intelligents à voir, à entendre et à scruter. Un peu comme le fait le malade imaginaire vis-à-vis de tous ces minuscules signes que lui-même détecte, et qui sont censés prouver qu’il est vraiment malade.

Le Malade imaginaire, du 28 janvier au 29 février 2020 au Théâtre du Rideau Vert.

Avec Anne-Marie Binette, Violette Chauveau, Patrice Coquereau, Luc Guérin, Émilie Lajoie, Didier Lucien, Benoit Mauffette­­­, Maxime Mompérousse et Frédérick Tremblay


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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