Éclipse théâtrale et poétique au Quat’Sous

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Elles sont quatre: quatre femmes pour rendre hommage à toutes celles qui, dès le milieu des années 1950, chantent, crient, scandent la révolution, le psychédélisme, le féminisme engagé. Bienvenue au Théâtre de Quat’Sous.

Sur scène, donc, quatre comédiennes souhaitant donner vie à Éclipse, un spectacle mis en scène par Marie Brassard. Éclipse médiatique et culturelle, d’abord, parce que ces femmes ont longtemps été oubliées, mises de côté pour laisser la place aux créateurs, aux artistes masculins.

Éclipse solaire, peut-être, ensuite, provoquée par la fougue, l’énergie et le talent de certaines de ces auteures dont les textes sont récités avec énergie, voire parfois avec rage, par notre quatre comédiennes.

Il faut cependant convenir du fait qu’Éclipse n’est pas une oeuvre comme les autres. Davantage un spectacle récitatif que théâtral, cette création de Marie Brassard tente à un point tel d’ébranler les colonnes du temple que l’on a l’impression, à certains moments, que les quatre femmes sur scène se retrouvent parfois avec du matériel un peu trop audacieux dans les circonstances.

Fières et revendicatrices, sans toutefois être vindicatives, Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Ève Duranceau et Johanne Haberlin représentent donc cette féminité plurielle, ce féminisme libéré des contraintes sociales et culturelles qui l’ont trop longtemps étouffé. Dans une Amérique en pleine transformation, en pleine ouverture des moeurs, en pleine révolution sociale et politique – avec les soubresauts que cela suppose –, voilà des femmes créatrices audacieuses qui revendiquent, tout simplement, le droit d’exister.

On ne plonge cependant pas dans Éclipse comme on sauterait à pieds joints dans une petite comédie légère: l’oeuvre – ou plutôt les oeuvres, dans ce cas-ci – est complexe, touffue, parfois lourde et lente. Il n’en reste pas moins que l’expérience, franchement audacieuse, surprend et déconcerte. À tenter… Et pour les plus frileux, l’environnement rassurant du Plateau-Mont-Royal sera toujours là, à l’extérieur, lorsque se rallumeront les lumières. « Nous sommes tous des prisonniers politiques », scande-t-on en fin de spectacle. Il semble pourtant qu’à l’image de La ferme des animaux, certains sont plus prisonniers que d’autres.

Éclipse, de Marie Brassard, avec Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Ève Duranceau et Johanne Haberlin. Au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 15 février.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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