Pour les lémurs, la notoriété a un bien mauvais côté

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Les chats et les chiens ne sont pas les seuls animaux mignons qui règnent en maîtres sur internet. Nous nous pâmons également pour des vidéos de quelqu’un serrant un bébé tigre dans ses bras, nourrissant un paresseux ou chatouillant un loris.

Une nouvelle étude de l’activité sur Twitter démontre que des vidéos virales d’animaux exotiques supposément mignons avaient aussi un côté sombre, en alimentant leur demande pour servir d’animaux de compagnie.

L’étude portait principalement sur une vidéo virale datant de 2016 où l’on voyait un lémur réclamant que l’on gratte son dos dans un village de Madagascar. Chaque fois que l’un des enfants grattant l’animal prenait une pause, le lémur se tournait vers lui et pointait vers un endroit sur son dos, comme s’il réclamait une autre séance de grattage.

Les réactions à la vidéo étaient très largement positives. La vidéo a rapidement fait le tour d’internet, et en une semaine, la publication originale sur Facebook avait accumulé 20 millions de visionnements.

Des chercheurs ont téléchargé et analysé près de 14 000 tweets mentionnant des lémurs servant d’animaux de compagnie ou vivant en captivité sur une période de 18 semaines allant d’avant la mise en ligne à la période suivant la publication. Alors que la vidéo virale était partagée, le volume de tweets mentionnant que des internautes désiraient acheter un lémur comme animal de compagnie a plus que doublé.

Les recherches Google et YouTube pour les mots « lémur animal de compagnie » ont également atteint des sommets dans les semaines suivant la mise en ligne de la vidéo, comparativement à d’autres occasions survenues entre 2013 et 2018.

Aucun des tweets n’a indiqué que quiconque avait réellement acheté ou vendu des lémurs sur Twitter. Mais les chercheurs craignent que de tels incidents encourageraient les braconniers, particulièrement à Madagascar, le seul endroit où ces primates menacés vivent à l’état sauvage.

« Nous savons que virtuellement aucune des personnes ayant tweeté qu’elles souhaitaient obtenir un lémur comme animal de compagnie n’en a réellement obtenu un », mentionne la principale auteure de l’étude, Tara Clarke, qui était professeure adjointe invitée en anthropologie évolutive à l’Université Duke au moment des travaux. « Mais sans une mise en contexte, les perceptions que les gens pourraient avoir à partir de ces vidéos virales, ou de photos sur les médias sociaux, pourraient mener à des impacts négatifs indirects sur ces animaux dans la nature. »

Il est techniquement illégal d’avoir un lémur comme animal de compagnie à Madagascar. Mais les lois sont difficiles à faire respecter, particulièrement dans les villages isolés où les policiers sont peu nombreux.

De précédentes recherches ont révélé que plus de 28 000 lémurs avaient été illégalement retirés de la forêt depuis 2010. Plusieurs d’entre eux sont conservés comme animaux de compagnie dans des hôtels et restaurants de Madagascar, pour que les touristes puissent les prendre en photo.

Les lémurs de compagnie à Madagascar sont souvent enfermés, seuls, dans des cages ou attachés au bout d’une laisse. On les nourrit aussi habituellement avec des aliments humains, comme du riz, qu’ils ne mangent pas à l’état sauvage.

Plus de 30 des 100 espèces de lémurs connues sont affectées par la traite des lémurs, mais le lémur catta, reconnaissable à sa longue queue annelée, était l’espèce la plus courue par les gens désirant avoir un lémur comme animal de compagnie.

Il y a 20 ans, ont estimait la population de cette espèce à plus de 750 000 individus. On ignore aujourd’hui leur nombre précis, mais une récente recension évoque à peine 5000 animaux, peut-être moins encore.

« Ce que nous essayons de faire comprendre, c’est qu’il faut y penser à deux fois avant de cliquer sur « j’aime », avant de partager », mentionne Mme Clarke.

Les conclusions des chercheurs sont publiées dans le magazine spécialisé PLOS ONE.


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Pieuvre.ca

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