Trois semaines de tempête au Théâtre St-Denis

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Pour la première fois dans l’histoire de Slava’s Snowshow, succès mondial du clown russe Slava Polunin présenté partout dans le monde depuis 1993, des supplémentaires ont dû être ajoutées avant le début des représentations.

De retour à Montréal avec la collaboration de Juste pour rire Spectacles, l’événement était très attendu par le public québécois, toujours fervent de spectacles d’humour. Alors qu’une captation vidéo de Slava’s Snowshow en intégrale est disponible sur YouTube, il est rassurant de voir qu’autant de gens se déplacent au théâtre malgré tout, afin de vivre cette expérience unique.

À l’extérieur du Théâtre St-Denis, avant le début de la représentation, ceux qui passent sur la rue reçoivent des flocons de neige projetés à partir du toit de l’édifice. À l’intérieur, toutes les lumières sont bleues et le sol est parsemé de confettis blancs. Sur scène, de grands panneaux bleus sont installés, entourés d’une bordure blanche dont la matière se révèlera plus tard sous la forme d’une toile d’araignée géante qui capturera tout le public assis au parterre.

Slava’s Snowshow met en scène un groupe de personnages taquins aux nez rouges et aux costumes colorés. L’un est habillé en jaune, les autres portent de longs manteaux verts et d’étranges chapeaux dont les palettes horizontales réagissent à chaque mouvement. Avec des accessoires disproportionnés aux couleurs vives, les personnages clownesques recréent des situations absurdes où on met de l’avant le désir d’entrer en relation avec l’autre, notamment. Ils se jouent des tours, se mesurent les uns aux autres et cherchent les applaudissements, qu’ils obtiennent d’ailleurs avec succès. On retourne à l’enfance, à l’époque où debout sur un lit, avec un drap et un balais, on arrivait à s’imaginer sur un voilier parmi les requins. Collage de courtes histoires distinctes, le spectacle ne contient aucun dialogue, excepté lors d’une scène où un personnage s’invente une conversation téléphonique avec lui-même. Il parle alors dans une langue imaginaire à travers laquelle il insère des « ah, c’est ça » et des « au cinéma ».

Devant cette œuvre ludique, le public est enthousiaste et rit sans retenue. On accepte volontiers de se faire taquiner, de se lever de son siège pour laisser passer un clown, de repousser des ballons géants, de se faire arroser d’eau par surprise. À la fin du spectacle, on ne veut pas quitter la salle. Les clowns continuent d’ailleurs leur jeu, restent sur scène plus d’une dizaine de minutes après les saluts.

Lors de la première, aucun programme du spectacle n’est distribué à l’entrée. Bien que ce soit inhabituel, on ne s’en plaint pas. Peut-être économise-t-on ainsi des dizaines de milliers de feuilles de papier. L’équipe entière qui se trouve derrière la réalisation de cette œuvre reste donc anonyme. D’ailleurs, sur les pages web de Juste pour rire, du Théâtre St-Denis et de Slava’s Snowshow, seul Slava Polunin est nommé. Bien que Polunin soit le créateur, le metteur en scène, le directeur artistique, l’interprète principal, il est difficile de croire qu’il ait été le seul artiste impliqué dans la création d’un tel spectacle. Il est regrettable qu’aucun crédit ne revienne ni à l’équipe de conception, ni aux artistes présents sur scène. Complètement investis physiquement, les comédiens portent l’œuvre avec tant de justesse qu’ils semblent l’avoir eux-mêmes créée. Il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir si des membres de la distribution originale font encore partie de cette représentation du spectacle qui tourne depuis plus de vingt ans.

Humbles et généreux, ces artistes s’effacent pour nous faire vivre une expérience magique. Leur anonymat crée peut-être un mystère qui contribue à cette magie. Jusqu’au 21 mai, le Théâtre St-Denis abrite une tempête surréaliste, ludique et colorée, Slava’s Snowshow.

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À propos du journaliste

Chloé Ouellet-Payeur

Rédactrice de la section Culturel de Pieuvre.ca, Chloé Ouellet-Payeur se passionne pour le spectacle vivant. Ancienne gymnaste de compétition, son intérêt pour le potentiel expressif du corps athlétique l’amène à faire carrière en danse contemporaine. Bachelière de l’Université du Québec à Montréal, elle est également diplômée du programme de formation professionnelle en interprétation de l’École de danse contemporaine de Montréal. Pratiquant son art professionnellement en tant qu’interprète, chorégraphe et enseignante, elle collabore régulièrement avec des artistes issus d’autres disciplines telles que le cirque et le théâtre. Elle s’intéresse particulièrement à l’expérience du spectateur du spectacle vivant contemporain, dont les codes sont en constante redéfinition. Elle se donne la mission de démystifier la danse contemporaine, cet art vibrant et éphémère souvent perçu comme étrange ou inaccessible, puisqu’il essaie plus souvent d’être vrai que d’être joli.

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