Théâtre – Drôles de bêtes

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Cassandre Chatonnier

Il est midi. Le public arrive, et ça sent le foin. Cette simple odeur nous amène ailleurs. Sommes-nous vraiment au théâtre Espace Libre? Nous nous installons, un bol de chili dans les mains, face à une scène couverte de copeaux de bois, où des poules et un chien se promènent.

La pièce  Animaux  porte un titre littéral: c’est bien de notre rapport à l’animal dont il s’agit. Avec beaucoup d’humour, les voix off d’Anne Dorval et Pierre Lebeau, font des parallèles philosophiques entre la vie humaine et la vie animale. En quoi sommes-nous différents? Pourquoi sommes-nous si loin et si proches à la fois? Sur scène les acteurs Sophie Cadieux et Hubert Proulx semblent habiter le lieu avec les animaux qu’ils amènent tour à tour : une chèvre, une vache, un cochon, un poney miniature… Un chat se balade librement. Les insectes et les poissons dans les aquariums, quant à eux, nous ignorent complètement.

Malgré la présence simultanée de tous ces êtres vivants, les voix nous expliquent, en se basant sur les propos de l’Allemand Jakob von Uexkull, que nous, les animaux et les humains, vivons dans des univers sensoriels différents. Nous habitons le même monde sans vraiment le partager. L’auteur, Alexis Martin, et le metteur en scène Daniel Brière, explorent ce qui nous différencie. Ils expliquent que les animaux sont guidés par leur instinct, qui leur indique quoi faire dans quelle situation. L’humain, lui, est devenu « snob », il s’est inventé des réponses culturelles à certains besoins qui ne correspondent pas à ses besoins primaires. L’Homme, en ayant conscience de sa propre mort, s’est mis à créer, à transformer son environnement afin de se donner l’illusion de l’immortalité. Il s’est peu à peu distancié du monde animal, allant jusqu’à le dominer.

La compagnie du Nouveau Théâtre Expérimental réussit ici à soulever de grandes questions existentielles sans culpabilisation d’un public partiellement omnivore, et avec beaucoup d’humour. La présence incontestable des animaux, et leurs actes imprévisibles ont donné lieu à des scènes très cocasses. Alexis Martin et Daniel Brière démontrent, grâce à cette pièce, qu’en cherchant à nous distinguer des animaux, nous avons nous-mêmes créé un carcan; une société de consommation qui nous domestique, et qui nous fait craindre la seule chose qui nous permet de nous reconnecter à notre nature intrinsèque: l’ennui.

Cette nouvelle création du Nouveau Théâtre Expérimental est présentée au théâtre Espace Libre jusqu’au 20 mars.

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À propos du journaliste

Cassandre Chatonnier

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