Ah, Holst… Comment ne pas reconnaître ses Planètes, sept mouvements ayant non seulement servi d’inspiration aux plus grands compositeurs contemporains – John Williams, notamment –, mais dont les arrangements sont déjà, en eux-mêmes, des morceaux inoubliables. Sera-t-on surpris, alors, que l’Orchestre métropolitain (OM) ait proposé un programme sidéral pour lancer sa nouvelle saison?
Le ton était donné, donc, pour ce concert dominical. D’autant plus qu’on avait aussi inscrit, au programme, le concerto pour alto de Walton, mais aussi (et surtout), une commande auprès de la compositrice autochtone Barbara Assiginaak.
La pièce en question, intitulée Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles, dans la langue de Molière), avait d’ailleurs tout de la rencontre du troisième type: un morceau résolument contemporain, avec une utilisation parfois franchement étonnante des instruments – comme ici, avec un frottement de mains le long des cordes de la harpe, à l’image d’un grattage –, mais aussi des sonorités iconoclastes et inattendues.
Il n’en fallait pas plus pour avoir l’impression de décoller et de partir à l’exploration d’un univers étrange, peuplé de créatures inconnues.
On tombait même, parfois, dans un petit côté horreur cosmique qui n’était franchement pas pour nous déplaire. De là à considérer que Mme Assiginaak tombe joyeusement dans l’audace musicale et qu’il s’agit du genre de composition qui apporte un vent de fraîcheur à un répertoire qui s’englue parfois dans son côté convenu, il n’y a qu’un pas que nous franchirons joyeusement.

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Non pas, bien sûr, que le reste du programme n’a pas été intéressant, bien au contraire. Il fallait voir, après tout, le violoniste Antoine Tamestit manier fougueusement son archet lors de son interprétation magistrale de ce concerto pour alto de Walton. Sans compter, bien entendu, la clé de voûte de la représentation.
D’ailleurs, on aura beau avoir écouté Holst à de nombreuses reprises, dans le confort de son foyer; on aura beau avoir entendu, encore et encore, les accords de John Williams pour marquer le déroulement des trois films de la trilogie originale de Star Wars, entendre toute la puissance et toute la martialité de Mars, the Bringer of War, alors que l’orchestre n’a pas trop de deux percussionnistes pour faire tonner l’artillerie et les éclairs de la guerre, est une tout autre expérience.
N’est-ce pas là, après tout, ce que devrait être la musique classique, c’est-à-dire une expérience puissante, enveloppante, ébranlante, aussi magnifique que terrifiante, voire percutante?
Ne devrions-nous pas vivre collectivement ces moments de puissante humanité, mais aussi de détachement impersonnel? On l’aura compris, Holst s’est allègrement servi de la composition de notre système solaire pour y transposer les personnalités que les humains ont, depuis belle lurette, apposées à ces voyageurs dans le ciel étoilé.
Et devant un public plus qu’enthousiaste, dimanche, Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre métropolitain ont magnifiquement favorisé cette communion aussi terrestre que stellaire. Du grand art.





