Quoi de mieux, pour inaugurer la saison 2026-2027 de l’Orchestre symphonique de Montréal, qu’un peu de Mahler de derrière les fagots? Et dont acte: bien entendu sous la direction de l’irremplaçable Rafael Payare, les musiciens ont redonné vie à deux créations du compositeur allemand. Au menu: l’inévitable romantisme de la fin du 19e siècle, le tout trempé du sang d’une victime innocente.
Pour nous mettre en appétit, dans le cadre de cette soirée présentée comme « épique » dans le programme officiel, quelques extraits du Cor enchanté de l’enfant, une oeuvre s’articulant, sans trop de surprises, autour des terres allemandes, des légendes teutonnes et autres mondes fantastiques prenant vie entre le Rhin et la frontière polonaise.
L’idée est connue, voire archiconnue, surtout que Mahler est récemment mis au programme par l’orchestre, mais on ne crachera pas sur nos classiques. La chose a d’ailleurs été menée rondement, en un peu moins d’une trentaine de minutes.
Mais le coeur du spectacle, la pièce de résistance, c’était évidemment Le chant de la lamentation, ou encore Das klagende Lied, dans l’allemand originel. Là encore, à en lire le résumé, on se retrouve en terrain conquis, si l’on veut: une histoire de cupidité, de jalousie, un meurtre qui se transforme en malédiction, et une leçon expliquant que le seul véritable amour triomphera, alors que la vanité disparaîtra dans les poussières du temps.

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L’intérêt principal, ici, était ce mariage entre l’orchestration et le chant des artistes invités sur scène: la soprano Miah Persson, la contralto Rose Naggar-Tremblay, le ténor Clay Hilley et le baryton Matthias Goerne. Notre histoire de prince assassiné par son frère aurait en effet très bien pu être racontée en version opéra, avec décors et costumes.
Ici, dans la Maison symphonique, il a plutôt fallu utiliser son imagination. Mais qu’à cela ne tienne, cette composition de Mahler ne passera pas à l’histoire pour sa richesse narrative. On tombera d’ailleurs dans d’étranges calculs mentaux, si l’on tente de suivre le rythme des événements, avec ces deux princes partis chercher une fleur pour séduire la reine, le plus vieux finissant par assassiner le plus jeune, un ménestrel passant éventuellement par là et se fabriquant une flûte avec l’os du squelette – flûte qui se mettra à raconter l’histoire sordide du meurtre –, et la même flûte provoquant le dérapage complet du mariage entre la reine et le frère assassin.
Bref, nous étions là pour la musique, avec cette structure en trois parties et un rythme devenant de plus en plus effrené, avec des notes de plus en plus grandioses, à mesure que l’on progressait dans l’histoire. Saluons, d’ailleurs, l’excellente utilisation de la fosse d’orchestre, presque toujours bien cachée sous la scène, pour donner l’impression d’une musique jouée en sourdine, ou dans une autre pièce.
Et c’est à la toute fin de la représentation, au moment où les convives fuient le prince meurtrier, que les murailles du château s’effondrent sous le poids de la malédiction, que l’aspect épique de ce concert nous est finalement clairement apparu. Nul besoin d’artifices dès le départ; il a plutôt fallu alimenter lentement les flammes, attiser notre intérêt.
Bien franchement, Mahler explore peut-être des sentiers musicaux déjà bien jalonnés, mais la formule fonctionne toujours aussi bien. La table est mise, donc, pour une autre saison haute en couleurs.





