À l’image de son excentricité, fort de ce mélange irrésistible aussi décousu que détendu, le grand comédien, mais aussi pianiste Jeff Goldblum, était présent à Montréal lundi dernier à l’occasion du Festival international de jazz de Montréal. Quelques heures avant une première performance en ville avec The Mildred Snitzer Orchestra, il a offert une conférence de presse en toute intimité.
Présent dans le cadre de porte avant même d’être présenté, Jeff Goldblum, vêtu de son iconique chapeau et de ses lunettes, n’a pas perdu de temps avant de rendre l’ambiance particulièrement décontractée au Phono, le deuxième étage de la Maison du Festival, en plein coeur de la Place des Festivals.
En effet, offrant des pastilles Fisherman’s Friend à qui en voulait bien, il a de manière originale mis la table pour une discussion à son image, débordante de fraîcheur, où les questions menaient souvent à des monologues qui partaient dans tous les sens. Heureusement, il possède ce don rare de pouvoir s’écarter afin de toujours mieux se retrouver.
Sous la gouverne de l’auteur et journaliste Brendan Kelly, qui s’est chargé des 10 premières minutes de l’entretien, selon la collaboration ou non de son interlocuteur, 30 minutes pas plus pas moins étaient prévues au menu. Suivant le préambule, des questions de l’audience parfois pertinentes, d’autres non, ont permis à l’artiste de discuter de tout et de rien, s’assurant toujours de transformer chaque opportunité en une farandole d’anecdotes.

La musique avant tout?
Bien qu’il avait été clarifié que la musique serait le principal sujet de discussion, et non pas le cinéma, on peut facilement deviner que le septième art ne sera jamais très loin dans la discussion.
Surtout considérant que Ariana Grande et Cynthia Erivo, ses deux partenaires des films Wicked de Jon M. Chu, sont présentes sur le plus récent album qu’il a enregistré avec son band, The Mildred Snitzer Orchestra, qu’il a fondé il y a 30 ans. C’est d’ailleurs sur le plateau du film d’Universal, également l’étiquette choisie pour la sortie du disque, que les collaborations avec les deux artistes émérites ont pris forme.
Alors que Goldblum s’amusait dans des medleys improvisés, Ariana Grande aurait été surprise de l’entendre chanter I Don’t Why (I Just Do), puisque son grand-père chantait toujours cette chanson. La pièce est vite devenue celle qui ouvre leur disque Still Blooming.
Pour Mme Erivo, la collaboration découle de l’affection pour la pièce We’ll Meet Again, autant pour son utilisation dans le film Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb de Kubrick, qu’en général.
De son côté, c’est plutôt sur le plateau de Asteroid City de Wes Anderson que la comédienne Scarlett Johansson lui aurait proposé de chanter du bossa nova, proposition qui est devenue leur reprise de The Best is Yet to Come.

Le cinéma revient à nouveau quand Goldblum essaie de se souvenir du nom de l’acteur qui joue Ant-Man pour raconter une anecdote sur le chanteur Prince, suite à la vue du chandail d’un des journalistes présents, ou qu’il mentionne son amour du Canada, puisqu’il y a tourné The Fly avec Cronenberg.
Voulant s’adapter au lieu qu’il occupe, il ne manquera aucune occasion de rappeler les origines canadiennes de son épouse, ancienne athlète olympique qui s’assure avec passion de transmettre son héritage français à leurs enfants.
Une des premières questions a aussi voulu mettre en lumière les similitudes lorsque vient le temps de jouer, autant en temps qu’acteur, que musicien. Réponse simple: l’improvisation. Même si vous vous douter que la véritable réponse a fait plusieurs ricochets.
On semble ratisser large? Effectivement.
Néanmoins, on réalise rapidement que Goldblum a toujours envie de s’amuser et de faire comme bon lui semble.
Il pourrait effectivement se lancer dans ces histoires qu’il a raconté 100 fois. Parler de sa passion pour la musique qui est arrivée très jeune alors qu’il pratiquait un arrangement de la pièce Alley Cat. Ou encore des origines du nom de son orchestre, à la blague au départ.
Sauf que c’est toujours plus simple et amusant de prendre d’innombrables détours pour y arriver et de citer toutes sortes d’anecdotes inédites reliées de près ou de loin à tous les gens qu’il a croisé dans sa vie. Le savoir de l’homme avec un grand H étant renversant, après tout.
Difficile d’en faire autrement avec des questions aussi vagues et larges que: le meilleur concert auquel il a assisté, ses artistes de jazz préférés ou les endroits les plus stimulants pour créer.

Un peu de tout, partout à la fois
Plusieurs maîtres ne sont jamais loin de ses pensées, comme Frank Sinatra auquel il revient souvent et, s’il n’a pas grand chose à dire sur Celine Dion, il pensera bien plus rapidement à Michael Bublé ou Diana Krall dont il est grand fan même s’il ne les a jamais rencontrés.
Chaque énumération, après de bonnes pauses de réflexion pour peser par la suite chaque mot, devient des opportunités idéales pour répertorier des périodes clés de sa vie.
Certes, lorsqu’on ramène de l’avant le gala Just For Laughs qu’il a animé il y a presque 10 ans de cela à Montréal, les souvenirs sont peu nombreux et imprécis, surtout que l’escale fut de courte durée, évoquant aujourd’hui comme sa véritable seconde introduction à notre ville, mais il prendra un malin plaisir à s’amuser avec le nom de ses interlocuteurs et de chantonner chaque fois que c’est possible.
Connu presque uniquement comme acteur pour la vaste majorité du public, il est toujours important pour lui de rappeler son attachement au milieu musical, puisqu’il n’a jamais cessé de jouer.
Goldblum va aussi mentionner son intérêt à l’utilisation des trames sonores dans les films, tout comme d’une passion enveloppante qu’il aime certainement offrir et partager à qui le veut bien. Pas de surprise, donc, qu’il évoque au passage le film d’animation plus méconnu They Shot the Piano Player des réalisateurs espagnols Javier Mariscal et Fernando Trueba auquel il a offert la voix du protagoniste.
Enfin, on retiendra cette citation à la fois hilarante, mais représentative de la star quant au spectacle qu’il donnera en soirée: « We’ll do our best to give pleasure ». À la suite de ces inoubliables 30 minutes que tous ont eu le bonheur de vivre, on prendra certainement au mot Jeff Goldblum.

Le plus récent album de Jeff Goldblum and the Mildred Snitzer Orchestra intitulé Still Blooming est disponible depuis le 25 avril dernier via Universal Music.





