Chute d’une cité précolombienne: le mystère s’épaissit

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« De tout temps, les hommes ont détruit les écosystèmes qui les entourent. » C’est sûrement vrai en beaucoup d’endroits, mais pas en Illinois il y a près de 1000 ans: une archéologue réfute l’hypothèse selon laquelle la déforestation aurait causé la chute de Cahokia, une cité jadis florissante.

Avec sa population de 15 000 habitants, Cahokia était d’une taille comparable à celle de Londres vers 1100. Que s’est-il passé pour qu’elle soit abandonnée vers 1400, au point où, à leur arrivée quelques siècles plus tard, les premiers explorateurs européens auraient pris ces monticules façonnés par l’homme pour des collines naturelles ? Une théorie circule depuis les années 1990: les arbres situés sur les hauteurs entourant Cahokia auraient été massivement abattus pour les besoins de la cité, entraînant une érosion des sols. Des inondations auraient alors précipité son déclin.

Bien que ne s’appuyant sur aucune preuve tangible, l’hypothèse a été largement citée dans les publications subséquentes.

Pour vérifier cette théorie, l’archéologue Caitlin Rankin a analysé les sols prélevés à la fois le long des plaines inondables et dans les monticules situés au cœur de la cité. Les sites de fouilles ont été choisis pour leur basse altitude: Rankin a supposé qu’ils auraient été immergés si le cours d’eau avoisinant était sorti de son lit. L’étude parue dans Geoarchaeology montre qu’une inondation a bel et bien eu lieu, mais avant le déclin de la cité, et que les sols sont ensuite restés stables jusqu’à la période industrielle. Déjà en 2014, une autre étude avait d’ailleurs conclu que l’utilisation du bois par la cité aurait été surestimée par les chercheurs.

Selon Rankin, « les inquiétudes actuelles concernant l’influence de l’homme sur l’environnement contribuent à la popularité de ces théories simplistes »: il faut se départir de ces biais pour nuancer les interprétations et éviter les anachronismes, écrit-elle.

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