Bright Worms, ou la bioluminescence et son absolue étrangeté

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Bien des espèces animales émettent de la lumière : crustacés, méduses, poissons, vers luisants… Et nombreuses sont celles qui appartiennent au monde sous-marin, dans les abysses que la lumière du Soleil n’atteint jamais. Bright Worms, la proposition signée Louise Michel Jackson et Magali Babin, présentée à La Chapelle à Montréal, met le spectateur face à la réalité du tout autre, de l’absolue étrangeté avec ses beautés, ses fragilités et son bouillonnement de vie, loin très loin de la présence et aussi de l’intelligence des humains.

Le décor sur scène fait d’abord penser à des pics de montagnes enneigées. De grandes bâches en plastique blanc couvrent le sol et le mur du fond qui servira d’écran. Elles s’élèvent en pointes irrégulières et dissimulent un corps qui lentement se révèle. C’est celui de la chorégraphe et danseuse Louise Michel Jackson. L’artiste émerge de sa cachette après que Magali Babin a traversé la scène, un poste de radio à la main, pour rejoindre la console d’où elle opère ses installations sonores.

Avant de laisser place à différentes ambiances musicales, la radio émet des fragments d’émissions de vulgarisation scientifique. Il est question de couleur, du spectre de la lumière solaire blanche avec ses longueurs d’onde particulières, et de ce qui arrive à cet élément vital pour nous – la lumière du Soleil – lorsqu’elle frappe l’eau des océans et disparait dans ses profondeurs.

Car dans ce monde obscur, à l’abri de nos regards, se déploie un univers totalement mystérieux, bien vivant pourtant, quelque peu effrayant, mais aussi rassurant par sa délicatesse et son extrême fragilité. L’enjeu est clairement pour ces créatures de tromper ou d’effrayer leurs prédateurs et de rester en vie malgré leur évidente vulnérabilité.

Par le jeu de performances à l’aide de différents accessoires lumineux, puis d’une chorégraphie où la danseuse redevient humaine et rejoint peut-être ce monde à la fois sombre et lumineux qu’elle nous fait découvrir; par différentes ambiances sonores et des projections vidéos qui font entrevoir la vie intense – non pas d’une planète lointaine – mais de ce qui recouvre la plus grande part de notre Terre; Brigth Worms permet de prendre conscience de l’étonnante beauté et de la totale étrangeté d’un monde tout proche, paradoxalement lumineux et dont nous ignorons à peu près tout.

En observant la représentation de cette vie foisonnante, belle et incompréhensible, en même temps proche et lointaine, peut-être aussi menaçante et hostile, je n’ai pu m’empêcher de penser à la crise que nous traversons. Dans la salle de La Chapelle où nous n’étions que 16 spectateurs privilégiés, résonnaient il n’y a pas très longtemps la vie et l’énergie d’un public avide de spectacles comme celui-ci. Espérons que Bright Worms sera de nouveau présenté quand la salle pourra être remplie. Et restons bien modestes face à l’ignorance abyssale de ce qui peut menacer notre propre survie.

Bright Worms, est présenté du 26 au 30 avril 2021 au Théâtre La Chapelle, à Montréal.

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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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