Comprendre l’évolution humaine grâce aux protéines

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Depuis une dizaine d’années, l’arbre généalogique de nos ancêtres préhistoriques s’est complexifié. À l’Homo sapiens et au Néandertalien se sont ajouté de nouvelles espèces qui provoquent bien des débats chez les paléontologues. À défaut d’avoir une réponse par les ossements, l’étude des protéines pourrait lever un peu le voile sur le lien entre « eux » et « nous ».

Déjà, les analyses d’ADN ont révolutionné nos connaissances de l’évolution humaine: on a pu confirmer que plusieurs espèces d’humains existaient simultanément et pouvaient se reproduire entre eux. Cependant, l’ADN se dégrade en seulement quelques milliers d’années, en particulier dans les régions chaudes et humides. Par conséquent, les tests génétiques n’ont été utilisés à ce jour que pour des spécimens de moins de 50 000 ans découverts dans des régions tempérées de l’Europe et de l’Asie.

Des chercheurs se tournent donc vers l’étude des protéines, peut-on lire dans le New Scientist. Cela, parce que les protéines sont composées de plusieurs petites molécules appelées acides aminés et que celles-ci sont placées dans un ordre bien précis, dicté par les gènes. La séquence des acides aminés reflète donc en partie celle de l’ADN.

Ces scientifiques s’intéressent entre autres aux protéines retrouvées dans les os et les dents, comme le collagène ou la kératine. Ces protéines ont l’avantage de demeurer intactes plus longtemps que l’ADN et d’être présentes en plus grandes quantités dans certains tissus. Par exemple, des chercheurs ont réussi à extraire un collagène de bonne qualité dans un échantillon vieux de 3,8 millions d’années. Une fois les protéines recueillies, leur séquençage permettrait de comparer les différences et les similitudes avec les humains d’aujourd’hui.

Cette technique a été utilisée avec succès chez des animaux comme le paresseux. Ces résultats ont été confirmés par la suite par des études d’ADN, indiquant que le séquençage des protéines serait aussi fiable que les analyses génétiques. La méthode a également démontré un lien entre Gigantopithecus, un grand singe vieux de 1,9 million d’années maintenant disparu, et l’orang-outan moderne.

Des résultats prometteurs

Des scientifiques ont également eu recours à cette méthode pour identifier une mâchoire vieille de 160 000 ans découverte au Tibet. Selon les analyses, l’os proviendrait d’un membre du groupe des Dénisoviens qui peuplaient jadis l’Asie.

Une autre équipe a réussi à décrire l’ensemble des protéines formant l’émail d’une dent de 950 000 ans qui aurait appartenu à l’Homo antecessor, un parent possible de notre ancêtre commun avec les Néandertaliens et les Dénisoviens.

Les scientifiques aimeraient maintenant utiliser cette technique pour établir la relation entre nous et des espèces d’humains encore énigmatiques, comme Homo floresiensis et Homo naledi. L’étrange mélange de traits humains et simiesques de ces individus complique en effet le travail des paléontologues. De plus, ils ne disposent pas d’échantillons d’ADN pour les aider à résoudre le mystère.

Le séquençage des protéines serait donc une avenue intéressante pour placer H. floresiensis et H. naledi dans l’arbre généalogique. Et comprendre quand nos espèces ont pris des chemins séparés.

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Agence Science-Presse

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