Manigances rurales et politiques à voir chez soi avec Irresistible de Jon Stewart

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Il aura fallu plus de cinq ans avant que Jon Stewart livre son deuxième long-métrage. Un choix judicieux compte tenu le piètre résultat obtenu au premier tour de piste. Plus ludique, mais sans délaisser la certaine charge politique, Irresistible est une amélioration, sans pour autant  confirmer Stewart comme un cinéaste à surveiller.

Quand on est Jon Stewart, il va de soi qu’on est bien entouré et qu’on sait bien s’entourer. Renouant avec son directeur photo Bobby Bukowski notamment, il s’épaule aussi de nul autre que Bryce Dessner à la musique (dans un travail beaucoup trop sobre et anonyme pour son talent, malheureusement) et de Brad Pitt et sa maison de production Plan B (dont les choix de projets ne sont pas toujours les plus judicieux).

Plongeant dans la fiction (qui s’inspire et s’abreuve ici et là de la réalité) il construit une comédie pataugeant dans les méandres de la satire politique. Pas de quoi rire bien jaune, par contre, dans cette histoire finalement plutôt simpliste qui trouve son humour dans la facilité plutôt que dans les réflexions bien senties. On est donc bien loin de la brillante télésérie Veep, alors que ce récit opposant républicains et démocrates vise davantage à mettre en parallèle le côté archaïque des petites municipalités et des blagues de vaches, vulgaires et/ou grossières.

On y raconte l’histoire d’un stratège politique mondain qui se retrouve dans une petite ville du Wisconsin croyant, suite à une vidéo virale d’un ancien militaire décriant en pleine assemblée vouloir que les choses changent, avoir trouvé ce qui pourrait bien être l’ingrédient magique pour changer la donne face à la force politique actuelle.

Il est toutefois difficile d’avancer quand l’humour en place nous rappelle constamment que la campagne est arriérée face à la grande ville super techno, nous rappelant au passage qui des deux a les bonnes valeurs aux bonnes places.

En voulant demeurer trop grand public, le film rate souvent sa cible, surtout du côté de la satire, les bons flashs grinçants étant trop peu nombreux (sans surprise, ses parodies des différents médias ont un excellent flair, comme c’est souvent le cas à Saturday Night Live, par comparaison). Sans le talent de Barry Levinson ou même de Jay Roach qui a fait des téléfilms bien plus nécessaires et réussis, on se retrouve avec quelque chose d’un peu mou, qui s’écoute oui, mais qui déçoit surtout. Et on ne parlera pas de la grande chute finale qui vient d’un coup emporter toute la crédibilité de l’ensemble.

Stewart a toutefois encore de l’instinct pour la distribution et il a eu la bonne idée de confier le tout cette fois à l’excellente Meredith Tucker, qui n’a pas donné le rôle d’un Iranien à un Mexicain (!), comme c’était le cas dans Rosewater. Dommage qu’on donne bien peu de contenu à ses interprètes de talent pour briller davantage. On a déjà vu Steve Carrell avec plus de mordant alors que Mackenzie Davis mérite mieux que ce rôle étonnamment beaucoup trop en retrait malgré son importance. Natasha Lyonne sait toujours comment voler la vedette, l’inverse de Topher Grace, alors que Chris Cooper, après sa performance subtile dans le Little Women de Greta Gerwig, prouve que sa percée dans la tendresse est probablement l’un des plus grands coups de sa longue et impressionnante carrière.

Sauf que c’est évidemment Rose Byrne qui vient tout détruire sur son passage, s’amusant comme un poisson dans l’eau avec un personnage savoureusement détestable (c’est après tout dans ce genre de rôle que cette reine de la comédie a fait le plus réagir le public américain dans l’intemporel Bridesmaids). Il est par ailleurs ironique qu’on a cru bon l’inclure sur la pochette sans pour autant donner la même visibilité à son nom qu’à celui de Steve Carell!

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Si le long-métrage est seulement disponible en langue originale anglaise (avec possibilité de sous-titres) on a toutefois été généreux en suppléments, qui ne sont pas nécessairement essentiels. Les 20 que totalisent les 17 (!) scènes supprimées et allongées montrent qu’il n’y avait pas grand-chose à ajouter au film et que bien peu de Byrne a été coupé du montage final. On ne s’amuse pas autant qu’on voudrait avec les cinq minutes de bloopers et malgré la belle diversité des intervenants des montages promos, on salue surtout le « génie » de Jon Stewart plutôt que de réellement parler de la création et surtout de la pertinence de la production. Il est toutefois intéressant d’entendre les interprètes vanter leurs partenaires.

Irresistible n’est peut-être pas l’échec qu’on a décrié. Un rappel certes que Jon Stewart on le préfère probablement devant que derrière la caméra, mais on a décidément vu pire. Sauf que c’est certainement un film qui croit être et réussir beaucoup trop de choses qu’il n’est pas. Cela demeure une écoute qui passe le temps question qu’on ne s’attarde pas trop à ce qu’il raconte (le comble pour une satire quand même). On conseille de rester jusqu’à la fin du générique puisqu’on y a caché plusieurs scènes, tout comme d’identifier le cameo de la poutine durant le film!

6/10

Irresistible est disponible en DVD et en combo Blu-Ray/DVD via Universal Pictures depuis mardi 1er septembre.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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