En recherche animale, tous les cobayes sont-ils égaux?

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On s’entend à présent pour dire que certains résultats en psychologie ne peuvent être généralisés parce que les participants des études sont souvent issus d’un petit sous-ensemble non-représentatif de la population mondiale. Se pourrait-il qu’il en soit de même avec des animaux de laboratoire?

S’il en est ainsi, les études comportementales – allant des insectes jusqu’aux primates – pourraient être biaisées et un nouveau cadre de recherche aiderait à éviter ces biais, annoncent deux biologistes britanniques dans la revue Nature.

Par exemple, certains protocoles d’échantillonnage sont susceptibles de piéger les animaux les plus audacieux, ce qui pourrait fausser les résultats.

Les deux auteurs proposent un acronyme, STRANGE (Trappability and self-selection; Rearing history; Acclimation and habituation; Natural changes in responsiveness; Genetic make-up; and Experience) qui dénombre les biais les plus significatifs : la capture et l’auto-sélection; l’historique d’élevage, l’acclimatation et l’adaptation; les changements naturels de la réactivité; la génétique et l’expérience.

Ils sont d’avis que les chercheurs devraient se servir de ces critères pour définir le niveau « d’étrangeté » de leurs sujets d’étude – et l’inclure lors de la publication de leurs travaux, afin que les réviseurs puissent évaluer la portée du biais.

De nombreuses espèces présentent des variations importantes de comportements, mais il est possible que seuls certains sous-ensembles de cette diversité puissent apparaître dans les échantillons. Par exemple, chez les primates, les individus ayant des « personnalités » plus curieuses, moins anxieuses, seraient plus susceptibles de se laisser approcher. De plus, la participation à des expériences tout au long de sa vie modifie aussi le comportement « naturel » de ces sujets.

Les biais liés à STRANGE affecteraient donc les études en laboratoire et sur le terrain,  et compliqueraient les comparaisons entre les études. Les biologistes soutiennent toutefois que les sept catégories ne sont pas systématiquement problématiques et sont souvent prises en compte par des projets de recherche bien conçus. Ces catégories sont:

  • Le contexte social
    Cela inclut le statut social d’un animal dans son groupe, la nature et la fréquence de ses interactions avec les autres, et ses occasions passées d’apprendre. Par exemple, lorsque les faisans (Phasianus colchicus) ont reçu une tâche de discrimination spatiale pour savoir lequel des deux trous contenait des appâts, ils ont obtenu de meilleurs résultats lorsqu’ils avaient été logés en groupes de cinq plutôt qu’en groupes de trois.
  •  La capture et l’auto-sélection
    Les individus qui ont des traits particuliers sont les plus susceptibles d’être capturés ou de participer volontairement à des expériences. Les biais d’auto-sélection sont un problème bien connu dans les études en cognition animale. Par exemple, lorsque les chercheurs marquent des baleines ou des oiseaux de mer dans des colonies de nidification difficiles d’accès.
  • L’historique d’élevage
    Le fait qu’un animal ait été exposé à un environnement physique stimulant, à d’autres animaux et aux humains, peut avoir une influence sur le développement de son cerveau et, à son tour, sur ses performances cognitives et motrices. Une étude a montré que les araignées sauteuses élevées en captivité (Phidippus audax) étaient moins actives, moins exploratrices et avaient moins d’intérêt pour les proies que celles recueillies dans la nature.
  • L’acclimatation et l’adaptation
    Des changements de comportements au fil du temps après la manipulation, l’étiquetage ou l’exposition à de nouvelles expériences. Par exemple, les tortues vertes (Chelonia mydas) qui ont passé moins de temps à nager et plus de temps à se nourrir au lendemain de l’installation des caméras sur leur carapace que la veille.
  • Les changements naturels de réactivité
    Des changements qui suivent des cycles quotidiens, reproductifs ou saisonniers. Une étude a révélé que les abeilles domestiques (Apis mellifera) apprennent plus efficacement le matin qu’à d’autres moments de la journée.
  • La constitution génétique
    Par exemple, le fait de perdre des combats territoriaux tôt dans la vie aurait des effets différents chez les rats bruns de type sauvage (Rattus norvegicus) que chez les autres. Les rats de laboratoire finissent par passer moins de temps à se préoccuper des intrus.
  • L’expérience
    Les animaux qui vivent longtemps en captivité peuvent accumuler une plus grande expérience des expérimentations. Par exemple, les macareux mâles (Fringilla coelebs) ont moins chanté de chansons territoriales lors d’intrusions lorsqu’ils ont été capturés, manipulés et relâchés.

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À propos du journaliste

Agence Science-Presse

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