Da 5 Bloods, ou l’héritage torturé des Noirs américains

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Le réalisateur Spike Lee n’est jamais du genre à donné dans la dentelle, mais l’homme n’a jamais, non plus, tenté de faire entrer de force la morale de ses films dans la tête des cinéphiles. Avec Da 5 Bloods, le cinéaste aborde de front la question du racisme dans la société américaine, dans un film dont la sortie sur Netflix tombe au moment où les États-Unis sont de nouveau ébranlés par le « péché originel », celui de l’esclavagisme et du racisme qui l’accompagne toujours.

Quarante ans après la fin de la guerre du Vietnam, quatre Noirs ayant combattu sous les drapeaux, à l’époque, retourne dans la jungle pour y retrouver les restes de l’un des leurs, véritable martyre involontaire de la lutte pour l’égalité entre Blancs et Noirs.

Outre l’espoir de récupérer le corps de Norman (Chadwick Boseman), les quatre anciens compagnons d’armes veulent aussi mettre la main sur de l’or qu’ils avaient eu comme mission de sécuriser, au début des années 1970, et qu’ils ont plutôt enterré pour mieux le rapporter en douce par la suite, histoire de faire fortune.

Ou s’agit-il plutôt de soutenir la « cause »? À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les États-Unis sont en pleine transformation. Il y a non seulement la lutte contre la conscription et le militantisme en faveur de la fin de la guerre, mais aussi les émeutes raciales provoquées en bonne partie par l’assassinat de Martin Luther King Jr en 1968. Quarante ans plus tard, pourtant, les motivations de certains anciens frères d’armes, membres des « 5 Bloods », ont changé. La « cause » passe-t-elle par l’enrichissement personnel? Est-on justifié de prendre l’argent pour soi après une vie de dur labeur, histoire d’alléger quelque peu le poids du métaphorique genou de l’homme blanc sur le cou des Noirs aux États-Unis?

Les compagnons devront non seulement faire la paix avec le passé, notamment dans un Vietnam où ils ne sont pas les bienvenus, mais où les restaurants américains sont partout, mais verront aussi leur relation s’effriter et se déliter peu à peu, alors que les tensions enfouies depuis belle lurette referont rapidement surface.

Da 5 Bloods n’est cependant pas une fable philosophique, ou un long débat éthique. Pour assurer l’intérêt des spectateurs, sans doute, ou par intérêt personnel, Spike Lee a également intégré une bonne dose de western et de film de guerre sur le Vietnam à son long-métrage. En insérant entre autres des séquences se déroulant dans le passé, avec changement de cadrage et « grain » artificiel sur la pellicule, s’il vous plaît, on se croirait dans Platoon ou Full Metal Jacket. Et Apocalypse Now, dans tout ça? La visite d’un bar portant ce nom et l’utilisation de la Chevauchée des Walkyries, de Wagner, lorsque nos personnages embarquent sur un navire pour se diriger vers leur destination sont autant de références un peu trop évidentes. Il ne manquait plus que Fortunate Son, et on y était.

Idem pour les jeux psychologiques entre personnages, qui n’aurait pas dépareillé dans un western spaghetti, harmonica à l’appui.

Tout cela donne un film quelque peu psychédélique, un film éclaté, un film engagé, aussi, mais un film qui tire peut-être un peu trop dans toutes les directions pour être pleinement efficace. Le message social est certainement là, mais il aurait pu être un peu plus présent. Mais il faut aussi se demander, bien entendu, si en cette période de troubles, aux États-Unis comme ailleurs, il soit vraiment nécessaire de marteler un message aussi direct sur l’égalité entre les Noirs et les Blancs. Tel que mentionné précédemment, Spike Lee a toujours été capable de créer la surprise, et c’est toujours le cas ici.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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