Mesurer l’impact des confinements

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Alors que le Québec et la France passent tranquillement en mode déconfinement, les scientifiques examinent les données d’un peu partout dans le monde afin de comparer les effets des mesures adoptées d’un pays à l’autre. L’exercice ne doit pas servir pour la prochaine épidémie, mais bien pour gérer l’actuelle crise.

Mieux cerner l’efficacité des actions disparates mises en place ces dernières semaines permettrait en effet de mieux prédire comment l’ajout et l’élimination de telle ou telle mesure influera sur le taux de transmission et le nombre d’infections dans les prochains mois. Une information essentielle pour les gouvernements, rapporte la revue Nature.

Le modèle de Hong Kong semble être le plus efficace en matière d’aplatissement de la courbe avec seulement 4 morts pour une population de 7,5 millions habitants. Les chercheurs ont étudié les mesures mises en place et découvert que la surveillance rapide, la quarantaine et les efforts de distanciation sociale, de même que la fermeture des écoles et l’utilisation du masque, ont permis de freiner la propagation du coronavirus.

Une grande base de données actuellement en construction rassemblera dans les prochaines semaines plusieurs centaines de mesures introduites autour de la planète depuis le début de la pandémie. Elle est préparée pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) par une équipe de la London School of Hygiene and Tropical Medicine à partir de données recueillies par des groupes de suivi, des organismes de santé publique et des organismes sans but lucratif comme l’ACAPS, une équipe d’analystes de crises humanitaires liée au Conseil des réfugiés de Norvège.

L’équipe londonienne a précédemment fait l’exercice à une échelle plus réduite, pour analyser ces mesures, dites « non pharmaceutiques », mises en place au Royaume-Uni, dans 186 comtés, soit  66,4 millions de personnes – un article est en ligne, mais pas encore révisé. Leur projection d’une combinaison de mesures intensives – dont la distanciation sociale, la fermeture des écoles et la protection des 70 ans et plus et des personnes à risque, faisait état d’un pic de propagation retardé de 8 semaines, ce qui se traduisait par une réduction de moitié du nombre de décès.

Pour la base de données internationale, les chercheurs ont établi un indice de rigueur pour décrire la sévérité de la réponse des gouvernements, reposant sur 7 mesures de contrôle, comme la fermeture des écoles et la restriction des mouvements de la population. L’un des défis sera d’assembler les données disparates collectées par les différentes équipes, de les standardiser et de les rendre compréhensibles à tous – un peu comme celui de l’ACAPS. Cet outil sera en accès libre.

Des différences régionales

En Europe, l’Allemagne et l’Autriche ont adopté des mesures plus précoces et agressives, comparativement à la France, l’Italie et l’Espagne, ce qui leur aurait permis de faire face à moins de décès.

Une des équipes suggère de plus des différences entre nations riches et pauvres: ces dernières auraient tendance à prendre des mesures plus coercitives que les États mieux nantis. Ainsi, Haïti a imposé le confinement dès la confirmation de son premier cas, alors que les États-Unis ont attendu deux semaines après leur premier décès. Une différence qui pourrait aussi s’expliquer par des systèmes de santé moins performants dans les pays en voie de développement, qui laissent très peu de marge à l’erreur.

Idéalement, les chercheurs pourraient prévoir quelles sont les mesures les plus efficaces susceptibles de changer le nombre d’infections dans les prochains mois – même s’il peut subsister des incertitudes sur la façon dont ces mesures seront suivies par les populations. Les différences entre les pays risquent toutefois de compliquer les données: par exemple la propagation intergénérationnelle, lorsque les familles élargies vivent en plus grand nombre sous le même toit.

Reste que, sans vaccin ni traitement efficace, la bonne connaissance des effets de chaque mesure de contrôle importe, afin de déterminer quelles sont celles susceptibles d’être modifiées ou enlevées en toute sécurité. Des informations qui seront scrutées à la loupe dans les prochaines semaines, à mesure que les mesures de confinement seront levées…


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Agence Science-Presse

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