2030, le film rétro-futuriste

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Qu’est-ce que le transhumanisme? Est-ce seulement la multiplication des méthodes technologiques pour améliorer, voire prolonger notre existence? Ou y a-t-il quelque chose de plus dans cette philosophie, quelque chose comme une nouvelle façon de voir le monde, de penser l’humanité? Dans son plus récent film, 2030, le réalisateur Johnny Boston s’intéresse à l’un des personnages les plus marquants de ce mouvement.

Deux mille trente est non seulement une date qui n’est plus très éloignée de nous, mais aussi la deuxième partie de FM-2030, le pseudonyme de Fereidoun M. Esfandiary. Écrivain et philosophe, ce penseur, ami personnel du réalisateur du film, envisageait un monde libéré des carcans de la mortalité. Selon lui, la libéralisation totale de la technologie, soit une société où les avantages de la modernité seraient conférés à tous, et non pas seulement aux puissants, permettrait de surmonter l’obstacle ultime: la fin du fonctionnement du corps. À l’aide de percées technologiques à venir, croyait-il, il serait possible de transposer sa conscience dans une machine.

L’année 2030 serait, pour lui, non seulement l’année de son centenaire, mais aussi celle où cette percée deviendrait réalité, l’année où l’humanité deviendrait transhumaine.

Si des technologies se sont effectivement répandues comme une traînée de poudre au sein des différentes populations, comme internet et la téléphonie cellulaire, nous sommes encore bien loin de l’immortalité. Et si l’espérance de vie continue lentement d’augmenter, celle-ci est maintenant menacée de recul face à la crise climatique, quand ce ne sont pas les nombreuses maladies provoquées par le grand âge, ou encore par la pollution, par exemple.

Dans ce qui tient à la fois du documentaire et du fauxcumentaire, Johnny Boston, qui était un proche ami de FM-2030, dit tourner un film sur un éventuel « retour » du transhumaniste. Car le penseur n’a pas été enterré ou incinéré lors de son décès, en 2000. Son corps et son cerveau ont ainsi été « vitrifiés », et sont conservés dans une entreprise de cryogénisation. Dans le cadre du film, un « retour » signifierait réimplanter son cerveau dans le corps d’une entité robotique.

D’un côté, on peut entendre les témoignages de quantité de savants, experts, philosophes et autres sommités en matière de religion, d’éthique, de robotique, etc. Tous sont de véritables professionnels dans leur domaine respectif. De l’autre, toutefois, il y a toute cette histoire de pseudo-retour de FM dans un corps robotisé, avec espionnage industriel et scandales à la clé. À travers ce méli-mélo cinématographique, Boston se met lui-même en scène en forçant parfois la dose; tout le côté faux aurait pu disparaître pour laisser la place aux simples images d’archives, aux entretiens… et le fait d’en faire un « film dans un film », y compris en nous présentant, en pleine projection, la bande-annonce du même « documentaire » tient soit de la paresse, soit de l’ambition cinématographique franchement déplacée.

Film intéressant, mais aussi film tiré par les cheveux, 2030 n’aidera probablement pas la cause des amateurs de transhumanisme. D’autant plus, certainement, que tout ce mouvement de pensée, qui semble exister hors du temps, pourrait fort bien être relégué aux oubliettes par des considérations très immédiates: le climat se dérègle, et faire disparaître la mort n’y changera certainement rien!


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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