Juger les gens à leurs vêtements… en quelques fractions de seconde

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Les gens évaluent en partie la compétence d’une personne en s’appuyant sur de subtils indices économiques provenant des vêtements de la personne en question, selon une étude récemment publiée dans Nature Human Behaviour par des chercheurs de l’Université Princeton. Selon ceux-ci, ce jugement s’effectue en quelques millisecondes, et sont très difficiles à éviter.

Dans le cadre de neuf études effectuées par les chercheurs, les participants ont évalué la compétence de diverses « personnes » (de simples visages, en fait) qui portaient des vêtements différents. Les vêtements perçus comme étant « plus riches » par un observateur, qu’il s’agisse d’un t-shirt, d’un chandail, ou d’un autre morceau de vêtement, a mené à une estimation d’une plus grande compétence de la personne en question, comparativement à des vêtements jugés plus « pauvres ».

Puisque la compétence est souvent associée au statut social, les conclusions des études portent à croire que les gens moins bien nantis pourraient être victimes de discrimination lorsque vient le temps, pour des personnes tierces, d’évaluer leurs compétences, et ce simplement lorsque ces personnes regardent leurs vêtements.

« La pauvreté est associée à quantité de problèmes. Plutôt que d’obtenir du respect en raison des obstacles qu’ils doivent surmonter, les pauvres sont constamment regardés de haut par le reste de la société », mentionne le coauteur de l’étude, Eldar Shafir, professeur en science du comportement et en politiques publiques à Princeton.

« Nous avons constaté que ce manque de respect – clairement sans fondement, puisque dans ces études, la même personne a été jugée comme moins compétente lorsqu’elle portait des vêtements perçus comme étant moins riches – peut trouver ses origines au cours des premières fractions de seconde lors d’une rencontre. »

« L’inégalité des richesses a empiré depuis la fin des années 1980, aux États-Unis. Aujourd’hui, le fossé entre le 1% et la classe moyenne dépasse le 1 000 000 %, un taux qui est impensable », indique le principal auteur de l’étude, DongWon Oh.

« D’autres travaux ont démontré que les gens sont sensibles à l’apparence, riche ou pauvre, des autres personnes. Nos propres recherches ont démontré que les gens sont susceptibles d’être influencés par ces indices lorsqu’ils jugent les traits importants d’autres personnes, comme la compétence, et que ces indices sont pratiquement impossibles à éviter. »

À travers les diverses études, les chercheurs ont constaté que le statut économique avait influencé l’évaluation de la compétence des individus. Cela s’est maintenu lorsque les « personnes » créées pour les expériences n’ont été présentées que très brièvement, lorsque les participants des études ont été informés du statut socio-économique des « personnes », lorsque l’on a mentionné qu’il n’y avait aucun lien entre les vêtements et la compétence, ou encore lorsque les participants ont reçu un incitatif monétaire pour offrir un jugement sans tenir compte des vêtements.

« Pour surmonter un biais, il faut non seulement savoir qu’il existe, mais avoir le temps, les ressources supplémentaires, ainsi que la motivation pour surmonter ce biais », ont écrit les chercheurs

« Une solution intérimaire, mais forcément incomplète, serait d’éviter de s’exposer aux vêtements des gens aussi souvent que nécessaire. Tout comme les professeurs évaluent des travaux à l’aveugle pour éviter de favoriser des étudiants, autant les employeurs pourraient vouloir adopter les mesures pour évaluer les gens sur papier, par exemple, pour éviter les jugements sur la compétence », mentionne M. Shafir.


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