Les théories du complot sont-elles du carburant pour des gens perturbés?

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Le fait de croire en une théorie du complot peut-il être utilisé pour plaider la folie devant un juge? L’auteur du meurtre d’un parrain de la mafia new-yorkaise s’est engagé sur cette pente. 

Et ce n’est pas une stratégie inventée à la veille du procès par un avocat astucieux. Le meurtrier en question était connu pour ses croyances en des théories emberlificotées longtemps avant d’avoir tiré à 10 reprises sur Francesco Cali. Et lorsqu’il a été interrogé par la police de New York en mars dernier, après son arrestation, il a parlé de satellites du gouvernement qui le surveillaient, de membres du parti démocrate qui étaient de mèche avec le cartel mexicain de la drogue… Il a aussi déclaré que s’il avait tué cet homme, c’était parce qu’il était membre du « deep state » qui attaque Donald Trump.

Si tout cela semble fantaisiste, c’est parce que c’est généralement l’allure que prend une théorie du complot quand on n’y croit pas: des idées disparates, des amalgames surprenants mais qui, pour ceux qui y croient, semblent cohérents.

Mais à partir de quel moment une telle croyance rend-elle « légalement » fou? C’est la question que son avocat semble décidé à amener devant le juge. Dans un document déposé en cour en juillet, il alléguait que ces « illusions » étaient la preuve que son client n’était pas apte à subir son procès.

La question risque d’intéresser psychologues et psychiatres, parce que si certaines théories du complot semblent inoffensives — la NASA qui cache la vérité sur la Terre plate, par exemple — d’autres peuvent induire des comportements violents. Par exemple, l’homme qui est entré dans une pizzeria de Washington et y a tiré un coup de feu en décembre 2016, convaincu qu’il s’agissait du repaire d’un réseau pédophile contrôlé par Hillary Clinton.

Ou celui qui, en octobre 2018, a envoyé par la poste des lettres piégées à des personnalités du parti démocrate et des médias, convaincu qu’ils étaient membres d’un « deep state ». De telles théories disséminées en ligne sont de l’huile sur le feu pour « des gens perturbés qui y trouvent la substance pour leurs propres théories du complot » affirme au New York Times Rick Alan Ross, fondateur de l’Institut d’éducation sur les sectes.

Le journal précise toutefois qu’à New York, la barre pour accepter un plaidoyer de folie est élevée: ceux qui avancent cet argument doivent non seulement prouver qu’il s’agit d’une maladie mentale, mais que cette maladie empêchait l’accusé de comprendre les conséquences de ses actions ou de saisir que ses actions étaient immorales. La poursuite, de son côté, allègue que dans ses déclarations aux policiers, l’accusé tenait un discours extrêmement clair, un discours qui « semblait rationnel » — indépendamment de son contenu.


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Agence Science-Presse

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