Plongée dans les abysses de la folie avec Stygian: Reign of the Old Ones

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L’oeuvre de H.P. Lovecraft, tout aussi critiquée soit-elle par certains pour son côté disons daté, ne semble pas près de disparaître, alors que bon nombre de jeux continuent de s’appuyer sur les récits du maître du fantastique et de l’horreur cosmique. Stygian: Reign of the Old Ones échappe largement aux problèmes ayant nui à de nombreux titres inspirés de Lovecraft, et propose un terrifiant voyage dans l’inconnu.

Développé par Cultic Games, un studio sis à Istanbul, en Turquie, Stygian se déroule durant les années 1920, alors que l’Apocalypse a déjà frappé notre monde. Poussé à se rendre à Arkham par des rêves au cours desquels un mystérieux homme en noir lui promet de répondre à toutes ses questions, notre personnage se retrouve ainsi coincé entre les morts et les vivants, dans un microcosme mêlant horreur céleste et les pires aspects d’une humanité qui refuse de mourir.

En arpentant les rues puantes et froides d’Arkham, où les malheureux, transportés en enfer par le grand coup de dés cosmique, en viennent à perdre la raison, on découvrira un florilège de personnages détenant bien souvent d’innommables secrets, tous plus affreux les uns que les autres. Après tout, il ne s’agira pas de triompher d’Arkham, ou de vaincre les Anciens, des dieux plus vieux que le Temps lui-même. Non, il faudra simplement espérer traverser les nombreuses épreuves qui surgiront, et en ressortir avec quasiment toute sa tête. Avec suffisamment de clarté d’esprit, en fait, pour ne pas sombrer dans la folie avant de comprendre ce que désire vraiment l’homme en noir.

Avec un style visuel fortement détaillé évoquant les dessins à la main, ou encore les décors surchargés de Darkest DungeonStygian est un jeu où l’on prend le temps d’observer les alentours avec attention. D’autant plus que les développeurs proposent un océan de notes, livres, explications et autres informations sur l’univers cauchemardesque dans lequel plonge le joueur. Contrairement à d’autres jeux similaires, toutefois, où cette abondance est synonyme de surcharge, voire d’encombrement, il y a ici quelque chose qui amène une contemplation, une réflexion. La multiplication des lieux déjantés – lieux profanés, édifices en ruines, paysages cauchemardesques – ajoute à cette surenchère que l’on accueille avec plaisir. Idem pour les options de dialogue, ou encore les possibilités lorsque vient le temps de créer son personnage. Stygian montre sa richesse, sa profondeur, le soin que ses créateurs ont apporté à leur projet, leur amour de la chose lovecraftienne, leur plaisir évident lorsqu’est venu le temps de créer un monde non seulement attirant, mais dans lequel on souhaite activement se perdre.

Là où l’illusion se brise, toutefois, c’est lorsque le personnage contrôlé par le joueur (et les autres âmes errantes auxquelles il s’alliera, en temps et lieu) se retrouve dans une situation de combat. Si les développeurs parlent ici d’un « magnifique système rappelant Heroes of Might and Magic« , il est en fait question d’une mécanique de jeu incomplète, et surtout imparfaite, qui tranche trop avec le reste du jeu, avec l’exploration et les dialogues, pour que l’expérience soit agréable. Particulièrement, par exemple, alors qu’on nous offre la possibilité d’être « discret », sans que l’on explique comment cette discrétion fonctionne, la distance à laquelle les ennemis peuvent nous apercevoir, etc. Et pour mieux guider le joueur le long de la structure narrative centrale du jeu, les développeurs ont ajouté, ici et là, des zones mortelles si l’on a le malheur de s’y aventurer sans prendre gare. Il ne reste plus, alors, qu’à recharger la plus récente sauvegarde et tenter de nouveau sa chance.

Ceci étant dit – et alors que la rumeur court que le système de combat sera effectivement revu à terme –, Stygian: Reign of the Old Ones fait partie de ces rares titres représentant un goût qui s’acquiert, oui, mais dont le niveau de détail et la qualité lui permettent de se détacher aisément de la masse et de mériter une place de choix dans la bibliothèque numérique de tout amateur de jeu de rôle ayant un penchant pour le fantastique, l’étrange et les créatures dont la seule vue est sensée rendre fou.

Stygian: Reign of the Old Ones

Développeur: Cultic Games

Éditeur: 1C Entertainment

Plateforme: Windows (Steam / testé sur Steam)

Jeu disponible en français (interface et sous-titres)


Autres contenus:

Call of Cthulhu, l’aventure tentaculaire

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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