Envoûtants Alonzo King et Lisa Fischer

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Pour la première fois à Montréal, la compagnie Alonzo King Lines Ballet se produit au Théâtre Maisonneuve, dans le cadre de Danse Danse. Pour The Propelled Heart, le grand chorégraphe américain Alonzo King fait évoluer sa troupe de danseurs virtuoses sur la voix chaude et puissante de Lisa Fischer, et le résultat est impressionnant.

Alonzo King croit en la pensée et en l’humanité, au caractère unique de chaque individu en même temps qu’en sa capacité de se lier fraternellement aux autres. Pour son ballet intitulé The Propelled Heart, le cœur animé, il s’est inspiré de la philosophie du gourou hindou Sri Yukteswar et de sa théorie relative aux états du cœur des humains. Si pour le spectateur profane, cette influence philosophique n’apparaît pas clairement, elle transparaît sans doute dans les émotions ressenties: la beauté visuelle des tableaux dansés grâce à la souplesse des corps ainsi que la musique animée par la voix envoûtante de Lisa Fischer.

Cette association des chorégraphies superbement exécutées et de la musique arrangée par JC Maillard pour la voix de cette chanteuse d’exception produit un effet saisissant dans ce que cet ensemble fait entendre le silence. Lorsque la chanteuse soliste cesse de chanter, en effet, la troupe de danseurs pourtant nombreux n’émet pas le moindre bruit. Le contraste est saisissant. À d’autres moments, les danseurs lui font écho en chantant doucement en chœur ou en poussant quelques cris. Mais les passages silencieux m’ont semblé être les plus réussis et porteurs d’émotions.

Largement inspirés par la danse classique, les artistes évoluent dans des chorégraphies contemporaines magnifiques. Les corps sont d’une élasticité étonnante. Par moments, comme enchevêtrés, les danseurs cessent de bouger dans des positions totalement déséquilibrées, pour laisser la voix retentir. Tout un jeu d’éclairage laisse alors apparaître de magnifiques tableaux.

En fond de scène, un rideau souple sert d’écran à des projections lumineuses abstraites et tout aussi élégantes que les costumes des danseurs et leur harmonie de couleurs. Organisé en deux actes séparés par un entracte, et en différents tableaux qui correspondent à chaque fois à des morceaux de musiques différents, le ballet propose des solos, des duos, ainsi que des danses coordonnées, mais pour lesquelles on sent que les danseurs sont invités à exprimer leur propre personnalité.

Il était temps que les Montréalais puissent admirer le travail d’Alonzo King. Je ne doute pas que le grand chorégraphe reviendra devant ce public qui lui a fait un excellent accueil lors de la première de The Propelled Heart.

Alonzo King Lines Ballet – The Propelled Heart, du 30 avril au 4 mai 2019 au théâtre Maisonneuve


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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