Un portrait d’August Strindberg à l’Espace Go

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Le prolifique écrivain et dramaturge suédois August Strindberg avait 63 ans lorsqu’il mourut en 1912. Cet innovateur de génie, à l’origine du théâtre moderne, puisa dans son expérience de vie la plupart de ses thèmes. Grâce à la contribution de huit auteures contemporaines, la pièce intitulée Strindberg, donnée à l’Espace Go, tente de tracer le portrait de cet homme on ne peut plus tourmenté, à travers les relations qu’il eut avec ses trois épouses successives, Siri Von Essen, Frida Uhl et Harriet Bosse.

La proposition est ambitieuse. Huit auteures (peut-être est-ce un peu trop) se sont imprégnées de l’abondante correspondance que Strindberg, jeune puis plus âgé, entretint avec les trois femmes. Après quoi, les auteures ont chacune créé un texte qui retrace une tranche de vie, d’amour et de conflit de cet homme dont les pieds étaient campés dans son XIXe siècle, mais dont la tête apparaît bien dirigée très loin vers ce XXe siècle dont les différentes révolutions bouleversèrent l’humanité.

Strindberg, la pièce mise en scène par Luce Pelletier, est ainsi une sorte de succession de huit courtes pièces, dans lesquelles le créateur de génie qu’il fut se dévoile à travers ses faiblesses, ses tourments, ses révoltes et ses rages.

Les textes sont tous beaux et semblent pour la plupart fidèles à la pensée, à la personnalité et aux propos du personnage. Huit auteures qui puisent dans le même fond, cela entraine toutefois dans leurs propres créations quelques répétitions. Les acteurs sont talentueux. Mais si le spectacle vaut le détour, c’est vraiment grâce à la performance plus qu’impressionnante de Jean-François Casabonne dans le rôle principal de Strindberg à la fin de sa vie.

Jean-François Casabonne, en effet, incarne un Strindberg totalement convaincant. D’un bout à l’autre de la pièce, sa prestation est superbe et sans la moindre faute de goût.

Le texte, qu’il déclame avec une virtuosité sans pareil, fait apparaître grâce aussi à son jeu de scène magnifique et jusqu’à son attitude physique, un être qui se veut fort, mais qui est hypersensible, totalement vulnérable, tourmenté, dévoré par l’amour et aussi par la haine qu’il porte à ses amours. Grâce à son jeu de scène, on comprend que Strindberg, dans son génie, semble avoir perçu avant l’heure, tous les malheurs qui allaient saisir l’Europe au XXe siècle qu’il n’a pas vraiment connu. Il conserve quelques idées du siècle précédent, par exemple dans le partage des rôles entre hommes et femmes. Mais ce n’est pas selon moi le plus intéressant, car les conflits qu’il a sur ces sujets avec ses différentes épouses auraient sans doute porté sur d’autres thèmes à une époque différente.

Strindberg m’est apparu dans le besoin infini que tout être humain a de recevoir de l’amour et de n’en avoir jamais assez; ce que lui savait si bien exprimer, avec toute la douleur que cela devait susciter chez l’homme tourmenté, proche de la folie, qu’il était.

Strindberg, à l’Espace Go jusqu’au 12 mai

Texte: Anaïs Barbeau-Lavalette + Rachel Graton + Véronique Grenier + Emmanuelle Jimenez + Suzanne Lebeau + Catherine Léger + Marie Louise B. Mumbu + Anne-Marie Olivier + August Strindberg + Jennifer Tremblay

Mise en scène: Luce Pelletier

Avec: Christophe Baril + Isabelle Blais + Jean-François Casabonne + Marie-Pier Labrecque + Lauriane S. Thibodeau


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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