Les alexandrins de Racine, pour un Britannicus majestueux

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Inscrite dans l’histoire de l’antiquité romaine, Britannicus de Racine est une tragédie qui s’inspire des débuts du règne de Néron: l’empereur élevé au pouvoir suprême grâce aux manigances de sa mère Agrippine. Cette pièce écrite en alexandrins au XVIIe siècle, qui parle de trahisons, de rivalités, mais aussi d’amour, est présentée au TNM dans une mise en scène sobre et élégante de Florent Siaud.

Sylvie Drapeau, dans le rôle d’Agrippine, est une superbe intrigante. Experte en manœuvres politiques, elle a élevé son fils Néron au pouvoir, au détriment de celui qui aurait dû naturellement l’obtenir, Britannicus, le fils de Claude, l’empereur maintenant décédé. Mais Agrippine exige à présent la reconnaissance de son fils. Qu’il ne s’imagine pas qu’il est devenu empereur sans les crimes et trahisons qu’elle a commis contre Claude, cet oncle qu’elle a épousé et peut-être aidé à mourir. Néron est seulement l’instrument de son ambition personnelle. Or, le jeune homme, dont le règne est apprécié à ses débuts, ne l’entend pas ainsi. Il échappe au pouvoir de sa mère en devenant pire qu’elle.

Néron et sa mère Agrippine sont du côté des « furieux » dans la typologie des personnages tragiques du XVIIe siècle. Agrippine l’est, Néron le devient. Et toujours dans cette catégorie, peut-être encore pire que ces deux-là, il y a Narcisse (froidement interprété par Marc Béland) le gouverneur du jeune Néron, flatteur, corrompu, jouant un double jeu et détenteur en coulisses du vrai pouvoir.

Face aux « furieux », il y a les « tendres » dont la pureté les mène évidemment à leur perte. Éric Robidoux, charmant dans le rôle de Britannicus, croit seulement en l’amour et en particulier en celui qu’il éprouve envers Junie (Évelyne Rompré), amoureuse elle aussi, mais un peu moins naïve que lui.

Quand la pièce démarre, Agrippine se plaint à sa confidente Albine (Marie-France Lambert), de ne pas obtenir l’entrevue qu’elle désire avec son fils. Or celui-ci vient d’enlever Junie, l’amante de Britannicus.

La situation dérape. Néron ne se contente pas du pouvoir dérobé à son demi-frère Britannicus, il veut aussi l’amour que lui a donné Junie.

Francis Ducharme interprète très bien ce Néron qui se transforme à mesure que l’action avance. S’il semble acquiescer aux demandes de reconnaissance de sa mère dans le dialogue qu’ils ont au 4e acte, entre-temps il s’est épris de Junie et cherche à éliminer Britannicus, de nouveau son rival, mais cette fois en amour.

C’est progressivement que Francis Ducharme se transforme en ce fou que l’on imagine quand on pense à l’empereur Néron. Du côté de la mise en scène et du public, c’est lorsque cette métamorphose s’opère que le spectacle devient plus intense (avec un environnement sonore moins lourd qu’au commencement), et que l’on comprend que tous, du côté des furieux, se trahissent mutuellement. Le décor se transforme lui aussi peu à peu grâce à cet immense panneau doré qui se déploie et sert d’écran au pouvoir qui à mesure qu’il augmente se délite.

Le Britannicus mis en scène par Florent Siaud aurait peut-être mérité plus de mouvement dans sa première partie. Mais le spectacle est majestueux, les costumes et les décors très réussis comme toujours au TNM. Et c’est fort agréable d’entendre la langue de Racine et ses alexandrins musicaux parfaitement déclamés par l’ensemble des acteurs qui composent cette interprétation de Britannicus, et qu’on a rarement l’occasion de voir monté aujourd’hui.

Britannicus, du 26 mars au 20 avril 2019 au Théâtre du Nouveau Monde.

Texte: Racine
Mise en scène: Florent Siaud

Distribution: Marc Béland, Sylvie Drapeau, Francis Ducharme, Maxim Gaudette, Marie-France Lambert, Éric Robidoux, Evelyne Rompré


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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