Un courant interculturel circulait déjà avant la création de l’ONU

1

«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits» est l’article premier de la Déclaration universelle des droits de la personne adoptée à la création des Nations unies (ONU), en 1948. Avant d’y arriver, le gouvernement du Japon a revendiqué le principe d’égalité des races et les écrivains américains se sont affranchis de leur catégorisation raciale.

Aujourd’hui, le multiculturalisme semble être la politique culturelle des démocraties libérales par défaut. L’ensemble des témoignages recueillis lors du tournage de l’émission Second regard portant sur l’enseignement du cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) diffusée le 25 novembre 2018 sur les ondes de Radio-Canada prennent pour acquis que la société est multiculturelle. Alors que le professeur en science politique au collégial, Claude André considère le multiculturalisme «trudeauiste» comme une doxa «canadienne» dans l’essai Quand la clique nous manipule (2018), et le jeune penseur Jérôme Blanchet-Gravel dément cette idéologie dominante dans l’essai La face cachée du multiculturalisme (2018). Un retour sur la diplomatie et la littérature des années 1920 à 1940 démontre que les valeurs universelles relèvent d’un progrès interculturel.

À l’ouverture de la conférence de la paix du 18 janvier 1919, le Japon fait partie du conseil des cinq principaux vainqueurs de la Première Guerre mondiale et dispose de deux sièges aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Italie. L’inscription du principe d’égalité des races dans le pacte de la Société des Nations (SDN), l’organisation qui précède l’ONU, est l’objectif du Japon. Cette délégation va multiplier les rencontres avec les représentants des États-Unis et du Royaume-Uni pour en venir au constat que l’opposition des dominions britanniques constitue l’obstacle majeur, rapporte l’historienne Matsunuma Miho dans le Monde diplomatique de janvier.

La sortie de la Première Guerre mondiale marque l’apogée de la colonisation et de l’emprise de l’Europe blanche sur le monde. Aux États-Unis, les Blancs du Sud ont construit un système de ségrégation et la Californie a imposé une nouvelle taxe aux étrangers. Dans l’Ouest canadien et en Nouvelle-Zélande, l’arrivée des étrangers a provoqué de l’agitation. L’Australie a adopté une loi interdisant aux non-Blancs de s’installer. L’Afrique du Sud a été le terrain de discrimination envers les Noirs, ainsi qu’envers les travailleurs indiens et chinois. Ainsi, d’un pays à l’autre, des mesures discriminatoires pratiques ont été adoptées et échangées entre gouvernements contre les non-Blancs, depuis la fin du 19e siècle.

L’égalité raciale proposée par le Japon, une puissance non blanche, a donné de l’espoir aux Afro-Américains. Une rencontre entre des représentants de cette communauté et la délégation japonaise a été organisée à New York, mais aucune archive diplomatique ou mémoire de diplomate ne fait mention de cette proximité. Le Japon va sortir de la SDN en 1933.

Individu et universalité

Dans son livre Facing the Abyss: American Literature and Culture in the 1940s (2018), le professeur de culture américaine à la Cornell University, George Hutchinson explique que la littérature de cette décennie marquée par la Deuxième Guerre mondiale aborde les expériences que tout le monde vit, sans tomber dans l’abstraction ou la généralisation, mais en reconnaissant que ces expériences communes sont vécues par chacun d’une façon unique. L’auteur redessine l’horizon culturel de la période en traçant des liens ignorés autant par les critiques que par les historiens, soutient le professeur de littérature comparée à la Columbia University, Edward Mendelson dans sa critique du New York Review of Books du 7 mars.

À travers les titres cités, le roman Country Place (1947) de l’écrivaine noire Ann Petry raconte l’histoire d’une famille blanche qui vit la même expérience que la famille afro-américaine de l’auteur. Dans un poème, l’écrivaine juive Muriel Rukeyser suggère qu’une femme juive peut parler pour les chrétiens et l’humanité entière. Le but de ces écrivaines et écrivains n’est pas de créer des identités particulières, de catégoriser en fonction de l’ethnicité ou de la race, mais d’ouvrir une voie universelle dans laquelle chacun peut prendre position.

Autrement, cette haine à propos de l’ethnicité et de la race est constamment dirigée collectivement contre des catégories de personne est un assaut direct contre la subjectivité et l’unicité de la personne, peu importe qui en est l’objet. De plus, le professeur Hutchison considère que l’échange de savoir-vivre et de techniques a transformé toutes les cultures tout au long de l’histoire de l’humanité.

Il défend le métissage contre l’idée d’«appropriation culturelle».

Partagez

À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

Un commentaire

  1. Pingback: L'histoire des Croisades racontée par l'ADN - pieuvre.ca

Répondre