Solo – A Star Wars Story: solitude intergalactique

0

L’empire contre-attaque, alors que Disney continue d’épuiser jusqu’à la dernière miette une autre de ses franchises sans fin. Le résultat, visuellement splendide cela dit, agira rapidement comme un somnifère intellectuel, piégeant le spectateur face à une formule qui hypnotise jusqu’au plus profond des possibilités de l’ennui, évoquant en toute ironie une solitude (celle du titre?) nous amenant à espérer être ailleurs.

Magnifique opportunité de surfer sur la nostalgie, faire couiner les fans de toutes heures et ramener à la vie ce qui était mort ou éteint (enlevant du coup le poids et l’importance d’une mort aussi significative, celle de la fin de l’épisode VII), Solo arrive comme deuxième chapitre dans les entre-histoires de Star Wars, et ce après le très sombre Rogue One qui a néanmoins joui d’un succès inestimable de toutes parts.

Disney oblige, la production ne s’est pas faite dans la plus grande facilité et on a une fois de plus apparemment sauvé la production du naufrage en se débarrassant de ses créateurs. Exit donc l’originalité et l’imprévisibilité (marque de commerce des visionnaires Phil Lord et Christopher Miller), et bienvenue à Ron Howard, excellent ami de George Lucas d’ailleurs, qui s’est réapproprié avec aisance et en un temps record cette mégaproduction.

Le résultat, formaté au possible, devient alors rapidement familier, remâchant ad nauseam une formule qu’on a vu trop de fois récemment (on a un film de la franchise par année depuis près de cinq ans déjà). Certes, on veut s’intéresser aux origines du mythique personnage qu’est Han Solo (décidément la plus grande fierté de tous les Star Wars) et si Alden Ehrenreich a comme l’on s’y attendait le charisme nécessaire pour apporter son propre souffle au personnage, sans pour autant voler la vedette au légendaire Harrison Ford, les problèmes sont ailleurs.

L’affiche du film.

Résultat léché

Certes, la production est luxueuse. La direction artistique, les décors, les effets spéciaux; visuellement, c’est la totale. Mieux, on reproduit la carte rétro à merveille et pendant plus du tiers de la production; on a carrément l’impression que le film est tout droit sorti des années 1980. Le premier problème toutefois est probablement là. N’en déplaise à cette esthétique qui fait saliver, on réalise rapidement que l’ensemble semble déjà être démodé et appartenir au passé.

Bien sûr, on tente d’y insuffler des thèmes modernes comme l’égalité des droits, la liberté, etc. On tente aussi de tranquillement amener le film à notre époque, mais le changement est beaucoup moins fluide qu’on pourrait l’espérer. Face à des situations qui ne font qu’évoquer notre propre histoire (les guerres donnent carrément l’impression de se dérouler dans les tranchées de la Première Guerre mondiale), on a beaucoup de misère à s’évader et le passage des effets spéciaux et des marionnettes de type maison vers des scènes carburant au CGI et aux créatures créées par ordinateur devient rapidement plus difficile à avaler.

De fait, le film, du haut de ses 135 minutes, a certainement un bon quarante-cinq minutes de trop. On aurait eu amplement de plaisir et de scènes d’action enlevantes sans pour autant dépasser la barre des deux heures. Le divertissement aurait été habile et dosé et on aurait pu savourer les situations sans voir le temps passer. Avec la longueur qu’on nous fait subir, on se permet alors toute la fioriture qui nuit décidément à l’œuvre. Ajoutant des références qu’on sent tout autant plaquées qu’obligées, des revirements prévisibles et démultipliés, et toute une série de portes ouvertes pour être certain que les suites puissent bien suivre le canevas, on ne savoure plus une œuvre ou même un film, mais une commande dénuée à la fois d’âme et de personnalité.

Oui, c’est bon enfant, c’est gentil (sauf les méchants qui sont évidemment cruels) et il y a de l’humour (facile) à fond la caisse. Mais si la production avait toute l’étoffe pour la sortie familiale pour le temps des fêtes, on la voit ici s’entasser en plein printemps, semblant continuellement chercher sa raison d’être, mis à part ramasser beaucoup de sous et faire oublier le temps d’attente avant le prochain « véritable » épisode.

Solo devient alors un mirage. C’est un (très gros) paquet d’argent dépensé en vain dans une explosion de prétentions qui font si mal à voir qu’on a juste envie de regarder autre chose, le sentiment le plus inattendu face à un film qui aurait dû nous faire voyager et nous sortir de notre quotidien. C’est dommage, puisque ce petit désastre (trop) contrôlé a ainsi peut-être la possibilité de marquer négativement notre souvenir d’un de nos personnages favoris du septième art.

5/10

Solo – A Star Wars Story prend l’affiche en salles ce vendredi 25 mai. Plusieurs représentations spéciales ont lieu dès jeudi.


En complément:

Annihilation, la science-fiction contemplative

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Répondre