Volta du Cirque du Soleil: un peu trop près de soi

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Véritable célébration foncièrement urbaine, quoiqu’aux accents plutôt mélancoliques, Volta est un hymne à la vie vibrant. Sauf que soyons francs, au-delà des acrobaties attendues de la part du Cirque du Soleil, on vient d’abord et avant tout pour la musique de Anthony Gonzalez, alias Monsieur M83, et on reste pour l’époustouflant numéro de BMX.

Difficile de déterminer si l’amplitude qu’a prise l’entreprise qu’est le Cirque du Soleil (le Disney des cirques), est encore aussi satisfaisante en termes créatifs pour ses fondateurs qu’en termes de retombées financières, mais pour ce qui est de faire palpiter nos cœurs, on peut certainement compter sur la bannière pour nous ébahir ne serait-ce qu’une fois.

Ainsi, plus de deux décennies après l’envoûtement qu’a créé Alegria, Bastien Alexandre et Jean Guibert, deux disciples du Cirque du Soleil enfin à la barre de leur première création personnelle, semblent avoir eu l’idée de faire la relecture du spectacle mythique, mais en l’adaptant au goût du jour, en lui donnant cette dose de 21e siècle qui a toujours semblé manquer dans les spectacles de la compagnie d’origine québécoise.

Le choc sera donc marquant pour les habitués. D’abord, parce que les influences sont beaucoup plus cinématographiques que théâtrales (le ton est donné avec l’usage surprenant des projections et des éclairages), mais aussi parce que les disciplines puisent dans l’ordinaire avant d’en redéfinir leurs fonctions. Il faut donc beaucoup plus de concentration pour y trouver de véritables « wow » alors que les procédés techniques seront par moment beaucoup plus fascinants que les acrobates en soi. On pense notamment au numéro d’échelles acrobatiques qui réinvente avec intelligence le numéro de trapèze ou cette audace (ou ce blasphème voire imposture peut-être pour certains) d’avoir carrément incorporé un numéro de danse contemporaine dans le spectacle.

À cela il faut souligner les chorégraphies de Julie Perron qui tirent constamment avantage du sentiment de foule, de troupe, de toute la distribution, donnant lieu à des tableaux d’une force évocatrice assez réussie.

Bien sûr, la formule type du Cirque du Soleil y est encore. De l’abondance de personnages jusqu’à une trame narrative complexe (et pas toujours compréhensible), en passant par des transitions qui vont du sublime à l’anodin, par exemple ce clown ennuyeux et à éviter pour tous ceux qui ne sont pas situés en plein centre (vous ne verrez rien), on semble par moment auto-référencer les spectacles alors que même des costumes semblent tout droit issus d’autres productions.

N’empêche, le véritable ADN de Volta est dans son désir envahissant d’être unique et différent et, même s’ils essaient beaucoup trop par moment, on doit saluer l’honorable créativité de ses concepteurs. Après tout, de vouloir repenser le spectacle sous chapiteau et de lui donner l’immensité des spectacles d’arénas semblent absurde au départ, mais avec la belle palette de collaborateurs inattendus, disons qu’ils y parviennent allégrement. Après tout, épaulées des étourdissants jeux de lumière des plus colorés, les tonalités musicales épiques de Anthony Gonzalez nous font vibrer d’émotions avant même qu’un exploit ait eu lieu sous nos yeux, alors que de son côté, l’apport du grand manitou des mi-temps du Superbowl Bruce Rodgers est considérable.

Sa façon de faire un usage des plus ingénieux de la profondeur scénique, tout comme des plates-formes qu’il monte, descend et incline comme bon lui semble, est de loin la plus grande réussite du spectacle, alors que Volta démontre une scénographie impeccable, n’en déplaise à sa certaine incapacité à satisfaire toute la salle, puisque les éléments les plus importants s’adressent toujours aux gens en plein centre.

Pour le reste par contre, le délai de moins d’un an après la plus récente production sous chapiteau semble finalement assez court. En effet, en ce qui concerne la préparation, Volta aurait peut-être bénéficié d’une année de travail supplémentaire afin de lui donner un rythme encore plus prenant et une unicité encore plus abasourdissante.

Bien sûr, ce n’est pas tous les jours qu’on voit un hypnotisant numéro de suspension capillaire, mais on aurait espéré ne serait-ce qu’un peu plus du numéro de fil de fer (on ne s’est pas encore remis de celui d’Amaluna) ou du main à main sur unicycle (maigre face au duo de patins à roues alignées de Totem qui abordait avec plus de passion le thème de la dualité). Même le bungee n’en surprendra pas beaucoup. Au moins, le numéro d’ouverture est brillant et donne un nouveau souffle à la corde à danser ce qui, définitivement, n’est pas peu dire.

Enfin, si la deuxième partie cherche davantage à en mettre plein la vue, on doit admettre que si l’on doit juger un spectacle du Cirque du Soleil par sa finale, celle de Volta est l’une des plus extraordinaires qu’on ait vu depuis belle lurette. Tout l’inverse du numéro de parkour qui ne rend définitivement pas justice à la discipline et la limite beaucoup trop dans un chapiteau, le numéro des BMX est sans failles. Palpitant dès son envolée, sa seule existence est un miracle, rappelant la roue de la mort de Kooza qu’on définissait d’impossible. De prendre possession avec une telle aisance et liberté de tout l’espace offert qu’on repousse au maximum des capacités, sans attaches ni filets, en plus d’être doublé d’une coordination à toute épreuve, il est impossible de ne pas s’exciter devant un tel numéro.

C’est comme ça, le temps d’un instant, qu’on oublie tous nos repères. Que le temps s’arrête, et qu’on redevient comme des enfants qui découvrent tout le merveilleux que la vie a à offrir pour la première fois. Et c’est lorsque le dernier BMX sera retombé sur ses deux roues qu’on regrettera que tout Volta ne sera pas insufflé du même génie, de cette même vitalité, de ce petit je-ne-sais-quoi qui nous évade et nous pousserait entièrement à s’envoler comme le spectacle aimerait tant, puisqu’on doit admettre que tout semblait pourtant aligné pour y parvenir.

6/10

Volta vient tout juste de débuter sa tournée au Vieux-Port de Montréal et y laissera son chapiteau jusqu’au 23 juillet prochain.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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